Charlynne
écrit à




L'Impératrice Sissi






La déprime



Chère Sissi,

Je vous adore sans vous avoir vue. Je connais votre histoire, qui m'a fascinée et bouleversée. Mais vous ne donnez pas l'air d'être heureuse. La solitude est votre refuge. Pourquoi avoir une âme torturée? Mais vous me ressemblez ainsi.

Charlyne

Chère âme du futur,

La solitude est mon refuge parce que ce n'est que seule que je puis trouver la paix. On m'a tant calomniée, tant dénigrée dans le monde, cette «haute société» à laquelle tant de gens souhaitent désespérément appartenir. Et pourtant, Dieu voit mon âme, je n'ai jamais fait de mal. C'est pourquoi j'ai décidé de choisir une société qui me laisse tranquille, qui ne me dérange pas et qui m'apporte de l'agrément. Je me suis repliée sur moi-même et je me suis tournée vers la nature; la forêt ne vous froisse pas. Certes, il est difficile dans la vie d'être seul, mais on finit par s'y habituer. La nature est moins ingrate que les hommes. La paix est si précieuse et ce n'est guère que loin du monde et des hommes qu'on peut la trouver.

Tant de choses sont venues torturer mon âme, à travers les années, chère enfant. La solitude au milieu de la foule de la Cour, les malentendus, les calomnies, la maladie, les guerres, la mort d'un enfant… Comment une âme un tant soit peu humaine aurait-elle pu résister et demeurer d'airain devant tant de coups? Dieu m'a fait la grâce de ne point devenir aigrie ou amère, cependant, en m'offrant ce havre qu'est la solitude. Depuis des années, j'ai l'impression que le Grand Jéhovah m'appelle au désert, et plus le temps passe, plus je vois que je puis très bien créer ce désert en moi, et autour de moi. On peut toujours arriver à faire de soi une île, à laquelle on ne donne accès qu'à un nombre très restreint de personnes afin de préserver sa tranquillité. Mon âme est meurtrie, chère âme, mes ailes sont brisées et je n'aspire plus qu'au repos. C'est pourquoi je vogue désormais d'île en île en attendant ce jour béni où mon âme, enfin, me quittera comme un souffle, par une petite ouverture du coeur.

Sincèrement,

Élisabeth