Fredericetlucija
écrit à

   


L'ImpératriceSissi

     
   

La Croatie

    Pendant votre règne, une partie de laCroatie actuelle (une partie de la côte adriatique mesemble-t-il) faisait partie de votre empire. Pourriez-vous me dire ceque vous avez pensé de ce pays? Ce qui vous a plu, oudéplu? Et comment était considéré ce payspar Franz et les personnes de la Cour?

Salutations.

Chère âme du futur,

Pardonnez-moi tout d’abord pourmon longdélai de réponse; une petite tournée de la Rivierafrançaise s’estprolongée de façon imprévue, puisque j’ai dûde toute urgence allervoir le docteur Metzger à Zandvort pour ma sciatique. Mais celavamieux maintenant.

Concernant la«Croatie», au moment où je vousécris (1898), elle n’existe pas en tant qu’entitégéopolitique. C’estune région où sont concentrées des populations delangue croate, maisqui fait partie de la Transleithanie, autrement dit de la Hongrie. Ondit que des mouvements nationalistes y sont de plus en plus forts,chacun des peuples de ces régions, Serbes, Croates ouSlovènes tentantd’acquérir plus d’influence que les autres. Bien que faisanttechniquement partie de l’Empire, l’influence austro-hongroise dans cesrégions est sans cesse contestée, et nous sommes d’oreset déjà assissur un baril de poudre. Tous ces Serbo-Croates rêvent d’unÉtat slavedu Sud, et font preuve d’une russophilie qui va totalement àl’encontredes politiques de François-Joseph. C’est pourquoi, lors desderniersconflits avec la Russie, lorsque Franz a jugé prudent d’envoyerdestroupes sur la frontière à titre dissuasif, je lui aiconseillé de nepas y envoyer trop d’amis des Russes comme les Tchèques, lesCroates,les Serbes… on ne peut leur en vouloir, les Slaves ne doivent rienàd’autres qu’aux Slaves, et on ne peut guère se fier à eux.

Jen’ai guère fréquenté cette région, mais sielle est effectivementsituée le long de la côte Adriatique, cette mer que j’aifaite mienne.Tout au plus m’en suis-je approchée d’assez près enpassant parTrieste, mais mon amour pour la Hongrie proprement magyare ne me portepas naturellement vers des peuples qui contestent vigoureusement leurappartenance à cette partie de l’Empire. Je sais que mon filsRodolpheavait une toute autre opinion des Slaves; sans doute aurait-il pudevenir l’empereur des réconciliations. Mais je crains que lapolitiquecasse-cou de Franz ne fasse des Balkans une véritablepoudrière, et cen’est certainement pas François-Ferdinand qui adoptera une lignepolitique différente. Je crains malheureusement qu’il nesuffise, àterme, que d’une simple étincelle pour amorcer un conflit majeurdanscette région.

Sincèrement,

Élisabeth