Emi Lisi
écrit à




L'Impératrice Sissi






Juste pour t'avertir



Ma très chère Sissi,

Je t'ai déjà envoyé une précédente lettre, pour laquelle je n'ai pas encore eu de réponse. Sûrement es-tu très occupée. J'espère simplement que tu n'es pas déjà partie pour Genève. Je t'en supplie ma Sissi, ne va pas à Genève début septembre! Si tu y vas, tu croiseras la route d'un certain Luigi Lucheni sur le quai du Mont-blanc, un anarchiste italien qui veut t'assassiner. Repousse la date afin de ne pas croiser la route de ce monstre! Je ne veux pas que tu nous quittes!


Chère âme du futur,
 
Et qui donc voudrait faire du mal à la pauvre vieille dame que je suis devenue? Je sais que je marche vers un destin effrayant, mais que je retarde un voyage, que je change de bateau, que je m'abstienne de prendre le train, il finira par me rattraper... S'il me rattrape au bord du Lac Léman, c'est tout simplement une partie d'un vieux souhait qui va se réaliser: mourir sur la mer... J'ai toujours trouvé que le Lac Léman ressemblait à la mer; rencontrer mon repos éternel sur ses rivages ne serait qu'une grâce supplémentaire, jointe à celle de voir mon périple se terminer enfin. Une si vieille fatigue... Songez donc quand on en voit enfin le bout! Non, chère âme, je ne changerai rien à mes plans. Mon entourage a longtemps essayé de me faire cesser les chasses à courre, craignant que je ne me tue à cheval; si tel avait été mon destin, cela serait arrivé, quoi que je fasse. S'il est écrit que mon destin se trouve entre les mains d'un anarchiste italien, eh bien je suis même prête à lui pardonner! Que mon âme s'envole, simplement, par une petite ouverture du cœur...
 
Sincèrement,
 
Élisabeth