Océane
écrit à

   


L'Impératrice Sissi

     
   

J'aimerais avoir des robes comme toi

   

Sissi,

J’adore tes films, même si j’ai dix ans. Je les adore et je trouve tes robes magnifiques.Tu as eu de la chance d'être impératrice, moi j’aimerais bien l'être aussi et avoir des robes comme les tiennes, elle étaient très jolies.

À vous Élisabeth, princesse de Bavière, impératrice d’Autriche et reine de Hongrie, à vous Franz empereur d’Autriche et roi de Hongrie.

Océane Navarro



Chère Océane,

Au risque de vous décevoir, je vous dirais que je n’ai jamais considéré comme une «chance» le fait d’être impératrice, bien au contraire! Mon seul regret, lorsque Franz m’a demandée en mariage, c’était justement qu’il soit empereur! Être impératrice signifie être constamment en représentation, cesser d’être une personne pour devenir un objet de vitrine, n’avoir plus la moindre intimité ou la moindre vie privée, être sans cesse entourée d’étrangères qui peuvent envahir vos appartements à toute heure du jour et être néanmoins désespérément seule. Je n’ai jamais pu me faire à cette vie, même si j’ai tenté honnêtement de remplir mes devoirs pendant quelques années. Franz sait que je serai toujours là en cas de malheur, toujours prête à le supporter, à remplir mon rôle de consolatrice dans les hôpitaux lorsqu’il y a des guerres ou prête à l’accompagner lors de voyages dangereux. Mais passer des heures à tenir cercle pour des aristocrates aussi bêtes que méchantes, à rester debout comme une bûche pour rencontrer des politiciens stupides qui croient diriger les événements alors qu’ils ne font que les subir, voilà de quoi je suis désormais incapable.

Quant aux robes, j’admets qu’elles étaient en effet fort belles. Toutefois, tant que la mode des crinolines a perduré, ces toilettes étaient fort incommodes à porter et terriblement volumineuses. Le prince de Hesse, assis près de moi lors d’un dîner en Italie, racontait qu’il était placé «non près, mais sous l’impératrice» tellement le volume de ma robe empiétait sur son espace! Descendre un escalier ainsi vêtue était un exercice périlleux, et s’asseoir devenait un véritable casse-tête. Cette mode est fort heureusement passée depuis la fin des années 1870, et les tournures sont désormais beaucoup plus raisonnables. Depuis la mort de mon fils, j’ai donné à mes filles et à mes dames d’honneur toutes mes robes de couleur, et je ne me vêts plus désormais que de noir, la couleur de mon chagrin, la couleur de cette étrange mouette qui, depuis des années, suit mon navire à chaque voyage. Je crois qu’elle est mon destin.

Amicalement,

Élisabeth