Laura
écrit à




L'Impératrice Sissi






Hélène en Bavière et vous



Votre Majesté, Bonjour!

Vous ne pouvez pas savoir combien je suis si heureuse de vous écrire. Moi qui me posais souvent des questions sur vous, sur vos proches et sur votre famille, les Wittelsbach!

Une soeur à vous dont la mort tragique est venue m'a beaucoup touchée. Voilà, il s'agit de Hélène en Bavière et apparemment elle est morte d'une souffrance terrible qui la rongeait. Je voudrais savoir si elle est morte à cause d'une une dépression et parce qu'elle se sentait mal dans sa peau. Vous savez, là où je vis en 2008 (époque actuelle), je me sens moche et malade de l'extérieur; du coup je reste chez moi. Dommage qu'elle soit morte car si elle était vivante j'aurais pu parler de ses problèmes avec elle.

Ensuite, je voudrais savoir comment vous faites pour être belle et je voudrais avoir des conseils de beauté car je pense que dans ce domaine vous savez y faire.
Et puis je voudrais savoir une dernière chose: quelles étaient les relations entre Sophie et votre soeur Hélène?

Merci de bien vouloir me répondre.

Laura

Chère Laura,
 
Ma sœur Hélène a certes beaucoup souffert; d'abord de la mort de son époux tendrement aimé, après seulement dix ans d'un mariage heureux, ensuite de la mort de sa fille, âgée de seulement vingt-et-un ans, puis surtout du décès de son fils aîné, quelques mois à peine après son intronisation comme chef de la famille Tour & Taxis. Tous ces deuils, surtout le dernier, l'ont laissée dans un état épouvantable pendant assez longtemps. Elle a fini par récupérer, sa foi en Dieu l'aidant, et soutenue par la tâche qu'elle devait accomplir, c'est-à-dire de continuer à occuper la place de chef de famille jusqu'à la majorité de son fils Albert. Ce ne sont donc pas des causes psychiques qui l'ont emportée, chère enfant; elle était très malade physiquement, un cancer au foie probablement. Elle est morte dans mes bras le seize mai 1890, après des heures de souffrances terribles. Dieu me préserve d'une telle agonie! Je voudrais partir d'un seul coup, comme un oiseau qui s'envole, mon âme me quittant par une petite ouverture du cœur...

Vous n'avez pas besoin de vous cloîtrer chez vous, chère Laura, même si comme moi vous fuyez la compagnie des hommes. Réfugiez-vous dans la nature, elle ne vous décevra jamais. Mes meilleurs confidents ont, de tous temps, été les chevaux, les sources et les arbres...  La contemplation des montagnes ou de la mer, même déchaînée, me plonge dans une quiétude qu'aucun être humain n'a jamais su m'apporter. Chaque beau paysage est un poème de Jéhovah et saura vous apporter sinon la joie, du moins une certaine paix de l'âme!
 
J'ai presque soixante-et-un ans, chère enfant. Je n'ai plus guère de recette de beauté qui fonctionne encore! Mon visage est ridé, parcheminé par le grand air et les chagrins accumulés. Je le cache sous une épaisse voilette et refuse désormais que l'on me prenne en photo ou que l'on fasse mon portrait. De ma splendeur passée, il me reste une silhouette dont je ne suis pas peu fière (cinquante centimètres de tour de taille!) et une chevelure qui, bien que moins abondante que durant ma jeunesse, descend encore jusqu'à mes genoux. Pendant des années, c'est ma minceur que j'ai considérée comme le principal gage de ma beauté, et je me suis acharnée à la conserver même en vieillissant. J'ai bien tenté de conserver l'élasticité de ma peau par des bains d'huile chaude -j'ai même failli subir le martyre des premiers chrétiens, un jour où l'huile était trop chaude- des masques de fraises ou de viande, mais je crois que, plus encore que les années, ce sont les chagrins et les larmes qui ont fini par ronger ma beauté. Donc, faites l'impossible pour préserver la paix de votre cœur, chère amie, et votre visage suivra peut-être...
 
Sincèrement,
 
Élisabeth