François-Joseph et Lady Diana
       

       
         
         

Dominique

      Chère Sissi,

J'ai 48 ans, et depuis des années je suis passionnée par votre personnage. Vous semblez très sensible et intuitive, décalée avec votre époque et votre vie a certaines similitudes avec Lady Diana. Vous avez été toutes deux incomprises et pas toujours acceptées. Vous avez rayonné et votre aura nous est parvenue. Comme j'aurais aimé vous connaître, en lisant vos autobiographies je me suis souvent demandé si vous avez eu la douleur d'être trompée par François-Joseph, j'ai lu plusieurs de vos poèmes est-ce cela votre première douleur? Je vous admire et cherche toujours à lire des nouvelles de votre vie comme un dialogue entre nous.

Bien sincèrement,

Dominique
          
          

Impératrice Sissi


 
Chère Dominique, 

Vous écrivant depuis l'année 1898, j'ignorais jusqu'à tout récemment qui était Lady Diana. Mais on m'a tant parlé d'elle que j'ai fini par prendre des renseignements auprès de gens de votre époque et, après voir longuement comparé nos deux destins, je dois admettre que les similitudes sont en effet troublantes. Mariage -supposémment- d'amour, rébellion face au protocole qui tue le naturel et la spontanéité, fuite devant les regards trop insistants, anorexie (un autre mot que j'ai appris en fréquentant Dialogus!)... 

J'admets avoir eu plus de chance qu'elle, en ce sens que mon époux m'aimait bien sincèrement lors de notre mariage, et qu'il m'aime toujours autant aujourd'hui. Bien que je ne sache lui donner qu'une grande tendresse en retour, je lui suis reconnaissante pour cet amour, qui fut mon appui et mon refuge lors de plusieurs grands malheurs de ma vie. 

La pudeur, vous le comprendrez sûrement, m'empêche de m'étaler sur les prétendues infidélités de Franz. Je me contenterai de vous dire qu'on a beaucoup parlé d'une certaine comtesse Pòtòkà, en 1860, peu après la guerre d'Italie. Ma nervosité suite à cette guerre, les querelles incessantes avec ma belle-mère au sujet des enfants, les crises de larmes n'étaient certes pas des éléments propres à retenir un époux au foyer... Ces rumeurs m'on fait excessivement mal, et c'est en grande partie à cause de cela que j'ai choisi Madère comme lieu de cure, lorsque j'ai commencé à être malade. Je voulais, pour un temps, mettre le plus de distance possible entre mon époux et moi. Mais il ne s'agit pas là de mon premier chagrin. Mises à part mes premières larmes d'adolescentes sur des amours impossibles, ma première véritable douleur fut la mort de ma petite fille, Sophie, morte à deux ans dans mes bras, en 1857. J'ignore comment une mère peut survivre à la mort de son enfant, mais je l'ai fait. Deux fois. 

Amicalement, 

Élisabeth


 



 

Dominique


 
Chère Sissi,

Je suis très touchée de votre réponse, je comprends très bien votre douleur concernant la perte de vos enfants. Je suis mère de trois enfants et je suis persuadée que l'épreuve que vous avez subie à deux reprises est bien la plus dure à supporter.

J'admire l'affection que vous aviez pour votre époux et que vous avez su garder tous les deux jusqu'à la fin de votre vie. Pour moi vous avez été fidèle l'un envers l'autre, même se cela semble curieux pour certains. Vous êtes d'une grande intelligence et fort cultivée, vous avez prouvé à maintes occasions votre bonté et grandeur d'âme.

Je vous trouve bien en avant sur votre époque, en ce qui concerne l'entretien de votre corps et admire la persévérance que vous avez eue, contrairement à certaines personnes je ne trouve à cela rien de curieux. Je suis désolée de ne pas trouver plus de sites internet pour mieux vous connaître encore.

Je vous prie de recevoir mes hommages et toute (si je puis me permettre) mon affection.

Dominique


 



 

Impératrice Sissi


 
Chère Dominique,

Je vous remercie de votre gentillesse et de vos bonnes paroles. Vous semblez apprécier tous mes traits de caractères et mes habitudes qui déplaisent tant à Vienne; sans doute est-ce vrai que je me suis trompée de siècle comme on se trompe de porte! En Europe, on est habitué de voir l'épouse du souverain se comporter comme une poupée mécanique, à distribuer sourires et paroles sur commande; j'ai voulu vivre ma vie, et je le paye chaque jour par le mépris que j'ai récolté en Autriche. Tant pis, je n'ai pas à plaire aux hommes, et plus je suis critiquée, plus je me sens justifiée dans ma fuite. Seuls ma Valérie et Pokà (c'est le surnom que nous avons donné à Franz) méritent que je m'arrête encore parfois dans cette ville que je déteste.

J'ai du chagrin de devoir laisser mon pauvre petit si souvent seul, mais si je devais passer six mois à Vienne, je deviendrais une vieille femme. Comme vous l'avez dit, il y a entre nous une grande tendresse, mais nous la vivons beaucoup mieux à distance car, dès que nous sommes ensembles, nos différences apparaissent au grand jour et nous nous heurtons sans cesses. Ma douleur, toujours vive depuis la mort de Rodolphe, porte sur les nerfs de mon époux et l'empêche de surmonter sa propre peine. Il est beaucoup mieux en compagnie de l'Amie qu'avec moi.

Amicalement,

Elisabeth