Fausse double vie
       

       
         
         

Mejeanino.

      Ma Chère Elisabeth,

Tout d'abord laissez-moi vous dire je suis relativement fascinée par tout ce qui se reporte comme on dit «au temps des rois». Depuis mon enfance, je vis dans un rêve d'enfant merveilleux de princes et de princesses, tout en évoluant dans ce monde adulte cruel et parfois indifférent. Alors qu'on aurait tendance à oublier notre enfance innocente, pure et imaginaire. Je possède un esprit très fertile, ce qui m'aide beaucoup à supporter la dure réalité de la vie.

Bref, pour vous dire que, comme beaucoup, j'ai été fascinée par les films de Sissi, alors qu'en lisant votre vie et vos expériences au travers de vos correspondances, j'ai été surprise de voir que votre vie a bien été différente de tout ce que j'ai pu imaginer. Une fausse double vie entre réalité et irréalité.

Mais pour moi, vous resterez celle que je me suis toujours imaginée: tendre, dévouée et avant tout une mère aimante.

Depuis ma tendre enfance, je me confie à travers des poèmes que j'écris toujours à ce jour. Car moi aussi, je suis une mère de deux adorables enfants que je chéris et j'ai eu également une expérience très douloureuse.

Âgée de 26 ans, je conçois la vie avec sourire malgré les dures épreuves de la vie, certes cela durcit.

Nous sommes, nous les femmes admiratrices de Sissi, des princesses des temps modernes, alors continuons de rêver!!

Votre dévouée admiratrice,
         
          

Impératrice Sissi


 
Très chère âme,

À 26 ans, j'étais de retour depuis peu de deux années de pérégrinations causées par le chagrin et la maladie: Madère, Corfou, Venise, cure à Kissingen... Votre compliment me fait donc doublement plaisir, car c'est précisément à cette époque que mes capacités de «mère aimante» ont été particulièrement mises en doute et critiquées. J'étais si forte à cette époque, et je l'ignorais! Je me croyais bien malheureuse, je croyais avoir subi de grandes épreuves... j'ignorais que le pire était encore à venir! Dieu vous préserve de telles épreuves, qui vous durciront plus encore, et puissiez-vous toujours envisager la vie avec le sourire et conserver cet optimisme que je sens en vous. Pour ma part, il y beau temps que j'ai banni les mots Joie et Espoir de mon vocabulaire...

J'ai pratiquement cessé d'écrire de la poésie à la mort de mon fils. À part quelques vers de temps à autres, inspirés par un événement quelconque, je n'arrive plus à exorciser mes peines par la poésie. Comme je vous envie d'y arriver! Si j'ai pu affronter la mort de Louis II de Bavière à travers mes écrits, Rodolphe quant à lui a coupé les ailes de mes muses en même temps qu'il a tué ma foi.

Vous avez bien résumé le paradoxe. Une «fausse double vie», éternel combat entre l'être et le paraître... Dans ma jeunesse, le paradoxe était bien vivant: le peuple voyait mes belles robes, mes bijoux, ma beauté, mais ne concevait pas que cette exhibition permanente puisse me déplaire, ou bien que des luttes domestiques bien terre-à-terre ruinaient ma santé et ma résistance. La différence entre moi et la plupart des princesses de mon époque, c'est que j'ai refusé de laisser le Paraître dominer sur l 'Être. J'en ai payé le prix, c'est vrai, mais c'est ce qui me permet de continuer à signer, en toute sincérité:

Élisabeth