Fabienne Pezzotti
écrit à

   


L'Impératrice Sissi

     
   

Fascination

   

Chère Sissi,

Je n'ai pas été séduite par ton personnage en visionnant la trilogie (où ton rôle était joué par Romy Schneider). En réalité, j'aime très peu les romans à l'eau de rose qui, pour moi, ne reflètent jamais la réalité. Ma mère, par contre, fut conquise et fut un peu déçue lorsqu'elle lût une de tes biographies. Elle désirait plus que tout se rendre à Vienne pour son 70ème anniversaire. Je l'y ai accompagnée.

Je fut séduite par la ville que j'ai trouvé très belle. J'ai visité Schönbrünn et le Palais de la Hofburg. En 2004, un musée a été créé, dans les appartements impériaux de la Hofburg, à l'occasion de ton 150ème anniversaire de mariage. On y découvre certains de tes objets personnels ainsi que certaines robes. Et surtout, des panneaux racontant ta vraie vie, ce que tu es et ressens, jalonnent le parcours.

J'ai été fascinée par ton histoire. En regardant tes portraits, quelque chose d'imperceptible s'en dégageait et s'insinuait en moi. Depuis mon retour, je lis une de tes biographies  «Sissi, les forces du destin». Je pense que cette biographie est très fidèle à ton histoire et ton ressenti, lorsque je lis les réponses que tu adresses à d'autres correspondants.

Je n'ai pas encore fini de lire mais je peux d'ores et déjà me faire une idée de ta personnalité. Pour moi, tu représentes une femme très courageuse mais incomprise. Tu n'as pas pu choisir ton destin, on te l'a imposé. Tu as cherché la fuite dans les voyages pour t'éloigner d'un univers (la cour) où tes élans spontanés étaient brisés par un carcan de principes et de préjugés.

Ton amour pour ton mari était pur et sincère et t'aurait certainement apporté le bonheur «si ton mari n'avait pas été empereur».

Je compatis sincèrement à la douleur que tu éprouves depuis le décès de 2 de tes enfants. Il faut une volonté solide pour survivre à de tels malheurs.

Je pense que l'année prochaine, je ferai un voyage dans cette chère Bavière que tu aimes tant.

Puisses-tu, là où tu es maintenant, être en paix et plus heureuse.

Avec toute mon admiration.

Fabienne.



Chère Fabienne,

«Là où je suis maintenant», c'est-à-dire dans la Villa Hermès, que Franz a fait construire pour moi à Lainz, je ne suis guère en paix et heureuse. En fait, les mots «joie» et «espoir» sont des mots, que j’ai banni à tout jamais de mon vocabulaire. Ma douleur m’est désormais plus précieuse que ma vie...

Je vous remercie néanmoins de votre témoignage d’affection. Je conçois la déception de votre mère, on ma bien souvent parlé de ces films racontant ma vie, des versions sirupeuses et édulcorées n’ayant rien à voir avec la réalité, bourrées non seulement d’erreurs sur ma vie, mais également sur certains événements historiques. 

J’aurais effectivement pu être heureuse avec Franz, si l’archiduchesse l’avait permis. J’étais pleine de bonne volonté le jour de notre mariage, prête à essayer, de bonne foi, de remplir ce rôle où le sort m’avait installée à la place de ma sœur, pourtant beaucoup mieux préparée que moi. Mais il aurait fallu que je renonce à une partie de moi-même, à ma nature profonde, et quarante ans plus tard, c’est encore elle qui guide mes pas loin de la Cour. Seule la Hongrie a su faire naître en moi un véritable sentiment de souveraine, mais c’est un sentiment venu du cœur bien davantage qu’un lien de monarque à sujets.

Chère amie, je vous souhaite le meilleur des voyages dans ma Bavière natale. Que ce soit à Munich, à Feldafing, à Garatschausen ou, évidemment, à Possenhofen, vous y retrouverez sans doute les traces d’une femme bien différente que celle que vous avez découverte lors de votre voyage à Vienne, où je ne me suis jamais sentie chez moi. Vous croiserez peut-être le fantôme d’une jeune fille à cheval, n’ayant peur de rien, ivre de liberté... j’étais cette jeune fille, au temps où je vivais encore.

Amicalement,

Élisabeth