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Très chère Sissi,
Cela fait bien longtemps que je ne vous ai écrit; il y a de cela
des lustres même. À l'époque je vous racontais
l'attachement que j'avais pour vous, ainsi que mon voyage lors du
100ème anniversaire de votre mort. Ce voyage, pour moi, a tout
changé. Car votre image est devenue bien plus réelle.
J'étais, lors, fan comme toutes les jeunes filles de mon
âge de ces films à l'eau de rose où Romy Schneider
incarnait votre personne. Mais j'ai bien vite compris que tout cela
n'avait rien à voir avec la femme que vous étiez. Votre
présence était si puissante et palpable, lorsque je me
trouvais à Vienne, que j'ai l'impression que vous ne m'avez
jamais quitté depuis, comme une sœur, comme un ange gardien qui
veillerait sur moi. Sissi, dans votre dernier message vous me disiez de
ne pas m'accrocher à votre personne comme on peut le faire avec
un guide spirituel. Votre vie a certes été
émaillée de tourments mais vous n'en êtes pas moins
un modèle d'indépendance et une femme extrêmement
visionnaire pour son époque. Vous êtes une
libérale, Sissi. Et rien que pour cela vous méritez toute
mon affection et mon admiration. Non je n'ai pas fait de séance
d'hypnose pour connaître notre lien que je ressens,
extrêmement puissant. Je suis certaine que j'ai du faire partie
de vos proches mais plutôt dans votre enfance. C'est un sentiment
que je ne puis expliquer, une force puissante et inexplicable me lie
à vous ma chère, ma très chère Sissi.
Affectueusement,
Votre amie Christelle
Chère Christelle,
Heureuse d'avoir de vos nouvelles, chère âme. Rien ne me
fait davantage plaisir que de recevoir un mot de mes correspondants les
plus chers, ceux avec qui j'ai fini par développer un lien
particulier, et vous en faites définitivement partie.
Votre dévotion me touche, mais je continue de vous dire de ne
pas me considérer comme un guide spirituel; il m'arrive
moi-même de douter terriblement, de ne plus croire en
l'Église puisque cela serait admettre que mon fils est
damné... Je me sens aux yeux du grand Jéhovah comme un
misérable moucheron. Comment pourrait-il se soucier de ma petite
personne? Et à d'autres moments, je ne souhaite rien d'autre que
de m'abandonner à sa divine volonté, et je me prosterne
devant lui en louant sa puissance et sa sagesse. Mon âme est si
tourmentée, chère enfant, il m'est impossible de me
considérer comme un modèle ou un guide... Si le spectacle
de mon désespoir peut vous inspirer les gestes à ne pas
faire dans votre vie, mon mal de vivre aura du moins servi à
quelque chose.
Ne vous souciez pas de ceux qui peuvent douter de notre lien spirituel.
Je ne suis aucunement surprise de ce que vous avancez, chère
Christelle. J'ai moi-même senti si fort, à plusieurs
reprise, le lien qui m'attachait à mon maître, Henrich
Heine, et à mon défunt cousin Louis II de Bavière,
que cette parenté que vous ressentez entre nos deux âmes
n'a rien pour me surprendre. Ainsi donc, si nous avons
été liées dans le passé, peut-être
sommes-nous appelées à nous retrouver plus tard, à
une autre époque ou dans un autre monde... J'ai du mal à
croire en la réincarnation; comment Dieu pourrait-il être
assez cruel pour imposer à ses créatures un autre passage
sur cette Terre de larmes? Malgré tout, il m'arrive quand
même de me dire: «quand je reviendrai sur Terre...»
Avec toute mon amitié,
Élisabeth
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