Chloé
écrit à




L'Impératrice Sissi






Du temps libre?



À Vannes, le 5 décembre 2007

Madame l'Impératrice,
 
Je vous prie d'accepter ce courrier car je me dois de vous poser une question, dans le cadre de l'étude scolaire du collège Notre-Dame le Ménimur.

Comment arrivez-vous à avoir du temps libre?

J'attends votre réponse avec impatience.

Veuillez agréer, madame l'Impératrice, mes sentiments dévoués.

Chloé


Chère demoiselle,
 
Pardonnez-moi tout d’abord mon retard à vous répondre. Je réponds généralement rapidement aux correspondants qui disent m’écrire dans le cadre d’un travail scolaire, mais ce n’est qu’aujourd’hui que j’ai remarqué que votre lettre m’était transmise dans le cadre d’un tel travail. Encore une fois toutes mes excuses.
 
J’arrive à avoir du temps libre tout simplement parce que j’ai renoncé à toute apparition publique. J’ai toujours été réticente à accomplir ce qu’on appelait mes «devoirs d’impératrice», qui ne consistaient finalement qu’à faire la potiche pour le plaisir des yeux des politiciens. J’ai probablement aidé mon époux par mon charme et ma façon d’approcher les gens au début de notre mariage, et je sais que mon intervention a été déterminante dans le cas de la Hongrie, mais la politique est devenue un tel panier de crabes aujourd’hui que ma présence ou non ne changerait plus rien. Donc pourquoi m’imposer de telles corvées, rester là debout en faisant semblant de m’intéresser aux propos oiseux des courtisans, sourire, donner ma main à baiser? Quelle perte de temps, lorsque Heine ou Homère m’attendent!
 
En fait, je n’ai que mépris pour la politique, qui ne consiste qu’à tenter d’extorquer quelque butin de son voisin. J’ai donc organisé ma vie d’une façon essentiellement privée, et depuis la mort de mon fils, j’ai même avisé les chancelleries et ambassades que je refuse désormais qu’on m’adresse le moindre vœu pour mon anniversaire ou pour la nouvelle année. Ce n’est que de mon époux que j’accepte encore ces vœux. Encore faut-il dans notre cas éviter désormais de se souhaiter du «bonheur», mot qui n’a plus le moindre sens pour moi. Une vie un peu moins lourde de malheurs, avec un peu plus de paix et de tranquillité, voilà le maximum que mon époux et moi-même pouvons désormais souhaiter pour nos vieux jours.
 
Amicalement,
 
Élisabeth