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Bonjour Sissi,
Je voudrais savoir si votre relation avec votre belle-mère est
aussi mauvaise que démontrée dans les trois films avec
Romy Scheider. Aussi, dites-moi quelles sont les différences
majeures entre votre vraie vie et ce même film?
Merci de me répondre au plus tôt!
Shana
Chère Shana,
Comme je vous écris depuis l'année 1898, je n'ai donc pas
vu ces films, mais on m'en a bien souvent parlé. Pour ce que
j'en sais, mes relations avec ma belle-mère furent aussi
mauvaises, sinon pires que ce que vous avez vu. Vers la fin de sa vie,
l'archiduchesse vivait très retirée, rongée par le
chagrin de la mort de son fils Maximilien, et plus ou moins
écartée de la politique par Franz. Malgré tout, je
me refusais à la côtoyer, et j'ai refusé pendant
des années de passer mes vacances à Ischl tant qu'elle y
était elle-même. Je pouvais supporter sa présence
à la Hofburg ou à Schönbrunn, la taille de ces
palais faisant en sorte que je ne la croisais que rarement. Mais la
Kaiservilla d'Ischl est davantage une grande villa qu'un palais, et
j'aurais été forcée de passer l'été
en sa compagnie. Je ne pouvais en supporter l'idée.
Je sais que de nombreuses différences entre ces films et ma vie
existent au niveau chronologique. Par exemple, j'ai passé six
mois à Madère, très malade, bien avant mon
couronnement en Hongrie et non l'inverse! Et les voyages officiels
à Milan et Venise n'ont pas eu lieu au retour de ma cure
à Madère, mais bien des années avant, au tout
début de mon mariage. Mais la différence la plus notable,
et même choquante, est la façon puérile et
naïvement romantique dont on présente ma première
rencontre avec François-Joseph. Allez voir ce que j'en dis
à une autre correspondante, dans une autre lettre
intitulée «L'ameçon». Franz et moi nous nous
sommes rencontrés de façon tout à fait
conventionnelle, dans le salon de ma tante Sophie à Ischl,
où nous avions été invitées, ma
mère, Néné et moi pour célébrer
l'anniversaire de l'empereur. Le but non avoué de cette
rencontre, planifiée depuis longtemps, était de provoquer
des fiançailles entre l'empereur et Hélène. Mais
c'est sur moi que Franz posa son regard, bouleversant ainsi de
façon définitive mon destin.
Amicalement,
Élisabeth
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