Des questions oubliées
       

       
         
         

t.raves

      Chère Sissi,

Excuse-moi, j'ai oublié encore quelques questions. Est-ce que ton père t'aimait comme toi tu l'aimais? Et pourquoi Franz t'a choisie comme épouse? Pourquoi pas Hélène? Et elle, qu'est-ce qu'elle en pensait de ton mariage? Et Carl-Ludwig, tu devais l'épouser non? Est-ce que tu avais dit à Franz que tu ne voulais pas te marier avec lui parce qu'il était empereur et est-ce que c'est vrai qu'il t'a «forcée»?
         
         

Impératrice Sissi

      Chère âme,

Oui, j'aimais beaucoup mon père, et j'étais son enfant préférée, son «enfant de Noël». Mon père était rarement à la maison, durant mon enfance, et chacun de ses retours était une fête... Seulement, nos rapports ont changé avec les années, mon père est devenu de plus en plus irascible, colérique, abandonnant ma mère pour des périodes de plus en plus longues, et nous mettant même carrément à la porte, moi et mes soeurs, un été où nous étions toutes plus ou moins en difficulté et où nous nous étions réfugiées à Possenhoffen. Inutile de dire que ma mère a beaucoup souffert de cette situation. Lorsque mon père est décédé, j'étais en voyage et je ne suis revenue qu'après les obsèques, pour rendre visite à ma mère.

Je ne devais pas, à proprement parler, épouser Carl-Ludwig. Disons que je lui plaisais beaucoup lorsque nous avons visité la famille impériale à Innsbruck, lors des événements de 1848. Ma mère espérait bien qu'il en restait quelque chose lorsqu'elle m'a amenée à Ischl en août 1853, où ma présence n'était pas initialement prévue. En effet, Carl-Ludwig était très heureux de me revoir, mais il a dû rapidement céder la place à l'empereur... Ce dernier venait à Ischl pour y rencontrer ma soeur Hélène, avec qui il aurait dû normalement se fiancer. Il a eu le coup de foudre pour une gamine de quinze ans, qui n'oserait jamais lui dire qu'elle aurait préféré mieux le connaître avant de dire «oui»! Je ne pouvais pas refuser une pareille demande, ma chère enfant, je n'en avais pas le droit. Premièrement, on me serinait de toutes parts que jamais on n'avait vu une princesse aussi heureuse, et deuxièmement, comme l'a affirmé plus tard ma mère, «on n'envoie pas promener un empereur d'Autriche!». Ma soeur Hélène, après un chagrin d'amour propre bien compréhensible, a rencontré le véritable amour et le bonheur dans la personne du prince Maximilien de Thurn und Taxis. Son mariage, bien que court, a été très heureux, et jamais elle ne m'en a voulu, bien au contraire. Elle a vite fait de constater que ma situation n'était guère enviable, et que j'aurais volontiers échangé ma place avec la sienne...

Amicalement,

Elisabeth