Mireille
écrit à




L'Impératrice Sissi






De sérieux bouleversements



Bonjour ma Sissi,

Cela fait bien longtemps que je ne vous ai pas donné de mes nouvelles, même après avoir reçu des vôtres: excusez-moi!

Vous savez, j'ai connu de sérieux bouleversements dans ma vie personnelle depuis le début de cette année. Je me suis enfin séparée de la personne qui partageait ma vie depuis dix-neuf longues et douloureuses années. J'ai eu le courage de partir, alors qu'il osait lever la main sur moi, me frapper, seulement parce que je ne correspondais plus à ce qu'il attendait. Et puis, j'ai rencontré quelqu'un d'autre, un gentil monsieur qui m'a enlevée de cet enfer pour m'emmener avec lui dans sa vie. J'ai quitté ma ville de Marseille et je suis allée m'installer avec lui dans une petite ville un peu plus loin, hors d'atteinte de ceux qui me voulaient du mal. J'ai eu enfin l'impression de respirer. Puis, il y a quelques mois, nous sommes partis un peu plus loin, à Grans, dans un petit village tranquille et verdoyant.

Guy, puisque c'est son nom, est quelqu'un de réservé, renfermé et un peu taciturne, aux antipodes de moi qui suis le contraire, mais notre vie est agréable. Je souhaite fortement devenir son épouse l'an prochain, je l'aime très fort et je crois que, même s'il ne le dit pas, il tient à moi, sinon je ne serai pas là depuis six mois maintenant. En juillet, nous sommes partis dans sa famille, dans le Nord de la France, où j'ai rencontré sa mère, sa fille et ses neveux qui m'ont réservé un accueil très chaleureux. Il faut croire que je ne suis pas si désagréable que ça! J'ai aussi découvert une belle région à laquelle je me suis attachée.

Puis, il y a quelques jours, je suis revenue d'Autriche -je ne peux pas m'en passer plus d'une semaine passée- près de Salzbourg et la région de ses lacs. J'ai retrouvé avec émotion votre cher Bad Ischl dans lequel vous vous sentiez bien. Et de nouveau, comme en l'an 2004, le charme a agi tout de suite sur moi, et je me suis sentie en communion avec vous, Sissi, et j'ai ressenti la même chose: c'était extraordinaire, vous me teniez la main pour me faire visiter votre villa et les pièces où vous aviez vécu. J'étais à nouveau dans une bulle de bonheur que j'ai eu beaucoup de peine à quitter. C'est vrai que nous nous ressemblons beaucoup toutes les deux et c'est pour cela que nous nous entendons bien.

Pour la première fois, à mon retour, quelqu'un m'attendait à l'arrivée et c'était important à mes yeux, j'ai même un peu pleuré en silence dans la voiture qui me ramenait à Grans. J'espère que vous allez bien et que les repos que vous vous octroyez de temps en temps soulagent votre corps mais aussi votre esprit. J'aimerais vraiment être à vos côtés, Sissi, pour partager ce que vous savez de la vie, et puis être à côté de vous serait pour moi d'un grand réconfort -je suis sincère.

Je vous laisse pour aujourd'hui, et j'espère que vous voudrez bien répondre à cette lettre, j'en serai très heureuse et fière.

À bientôt et je vous embrasse,

Mireille


Chère Mireille,
 
Que de belles et bonnes nouvelles, chère amie! Je suis heureuse de voir que vous avez enfin trouvé l'amour et le bonheur. Être aimé est certes le plus grand des besoins de l'être humain, qui ne peut s'épanouir que lorsque ce besoin est comblé.
 
Certains passages de votre lettre m'ont fait sourire, me ramenant à certains souvenirs personnels. Vous avez raison, il est étrange parfois de voir à quel point de parfaits inconnus, des gens que l'on rencontre pour la première fois, vous apprécient et aiment vous fréquenter, alors que vous êtes dépréciée et négligée dans votre milieu familier! J'ai vécu cette situation des centaines de fois, et je la revis à chacun de mes voyages. Les gens que je rencontre sont courtois, aimables, je peux m'entretenir des heures avec un jardinier ou avec une jeune fille qui vient puiser l'eau, à Corfou, mais les archiduchesses me couvrent de leur mépris silencieux dès que je remets les pieds à la Hofburg. Pour leur défense, je vous avouerais que je le leur rends bien.
 
Bad Ischl est l'un des rares endroits d'Autriche où je ne répugne pas à demeurer. Mes filles et mes petits-enfants viennent nous y rendre visite, nous y célébrons, le plus simplement possible, l'anniversaire de l'empereur -même si les réjouissances ont encore un goût un peu amer, depuis la mort de Rodolphe- et nous pouvons y mener une vie beaucoup plus libre qu'à Vienne. Les ministres et les dossiers suivent évidemment l'empereur, mais c'est un tel plaisir de le voir, tous les matins, partir avec les chasseurs, son «uniforme» de loden remplaçant son uniforme rouge et blanc! Les trophées de chasse couvrent littéralement tous les espaces libres de la villa; c'est un tel délassement pour lui qui n'a plus guère d'occasions de se divertir! Nous y avons passé plus de trente étés depuis notre mariage; c'est devenu le point de rendez-vous estival obligé de toute la famille. Et la nature qui nous entoure, le Jainzen, ma montagne magique, cet endroit où plus rien ne pourrait me surprendre, m'apaisent et me font presque apprécier mon entourage, moins «gourmé» qu'à la Hofburg. Je suis heureuse que cet endroit vous plaise.
 
Que le Grand Jéhovah étende sur vous et sur celui que vous avez choisi ses ailes protectrices, aujourd'hui et pour toujours, chère Mireille.
 
Sincèrement,
 
Elisabeth