Ingrid
écrit à




L'Impératrice Sissi






De quoi sont décédés vos enfants? 



Bonsoir majesté,

Je voulais savoir de quelle maladie étaient décédés vos enfants. Ç'a dû être une sale période pour vous!

Bien à vous,

Ingrid


Chère Ingrid,

Pour employer votre expression imagée, ce furent en effet de «sales périodes»!

Les médecins, ces ânes, n'ont jamais pu me dire précisément de quoi est morte ma petite Sophie, à deux ans à peine. Gisèle lui aurait transmis la rougeole et, comme elle était déjà de santé plus fragile que sa sœur, elle n'aurait pas résisté à la fièvre. Mais Sophie était déjà maladive depuis des mois, l'une des raisons d'ailleurs pour lesquelles j'ai tant insisté pour la retirer à ma belle-mère et pour l'amener en Italie, où j'espérais qu'elle profiterait d'un climat plus doux. Malheureusement, l'opposition politique italienne a sous-entendu alors que nous l'amenions pour nous préserver des attentats. Elle était souvent fiévreuse, rejetait souvent ses aliments, et le docteur Seeburger, cet âne bâté, soutenait benoîtement que c'était à cause de ses dents. Je ne saurai donc jamais pourquoi j'ai été privée aussi vite de mon petit ange.

Gisèle est encore bien vivante, bâtie à chaux et à sable; elle vivra sûrement cent ans! Ma Valérie, moins solide, n'en est pas moins en excellente santé, avec déjà quatre enfants sur les bras. Ma chérie est devenue une pondeuse. Amoureuse, amoureuse, et donc sotte!

Quant à mon malheureux Rodolphe, qui ne connaît pas son destin tragique? Cet enfant anxieux que j'ai su sauver à six ans, mais dont je n'ai pas vu la détresse à trente. Rodolphe est ma douleur, ma blessure, mon deuil éternel. Il a amené avec lui l'essentiel de ce qui me rattachait à la vie. Seule la tendresse de Valérie et de François-Joseph me retient désormais dans ce monde où je ne trouve pas ma place, où je cherche désespérément cette place en voguant d'île en île, telle une mouette égarée.

Sincèrement,

Élisabeth