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Chère Élisabeth,
Je t'ai déjà écrit, il y a longtemps mais
certaines questions me tracassent (oh! la plupart sont pratiquement
sans importance mais...) Je voulais te demander si tes fleurs
préférées étaient bien les roses rouges
(comme dans le film avec Romy) ou bien les violettes comme le
prétend une romancière. Je voulais aussi te demander de
me parler un peu de Rodolphe (pardonne-moi si cela te cause du
chagrin), a-t-il été assassiné ou bien
était-ce un suicide? L'impératrice Zita qui te
succédera penche pour l'assassinat et d'autres pour le suicide,
peux-tu me dire la vérité?
Je voulais également te dire que j’ai lu tes poèmes, je
les ai trouvés très beaux mais j'en ai perdu un peu du
charme car je les ai lus en français.
Salue François-Joseph, Valérie, Gisèle, Ida et
Marie de ma part.
Avec toute mon affection
Élisabeth (eh oui!)
Chère Élisabeth,
On me parle souvent de Rodolphe pour me poser cette question: meurtre
ou suicide? Si vous regardez toute ma correspondance parue sur cette
page, vous verrez que de nombreuses lettres portent sur cette question.
A cela, j'apporte toujours la même réponse, chère
enfant: peu m'importe. Qu'il s'agisse d'un meurtre ou d'un suicide, mon
fils est mort. La clé de l'énigme ne me le rendra pas. Et
je ne connais personne portant le prénom de Zita, est-ce donc
une personne née après les faits? Dans ce cas, que
peut-elle savoir de plus que moi? Je ne peux que vous réaffirmer
ce dont j'ai eu personnellement connaissance. Le Vatican refuse
habituellement l'inhumation catholique pour les suicidés. Le
premier télégramme envoyé à Rome, qui
expliquait que Rodolphe s'était enlevé la vie suite
à un épisode d'aliénation mentale – oh quelle
douleur pour moi, si je lui ai légué le sang
gâté des Wittelsbach! – a essuyé un refus.
François-Joseph a alors envoyé un autre
télégramme, dont il ne m'a pas
révélé la teneur, et cette fois l'accord de
Léon XIII est arrivé. Que contenait ce
télégramme? Des détails sur un meurtre? Ou plus
prosaïquement un rappel que le Vatican avait tout
intérêt à ménager l'empire catholique des
Habsbourg en cette période si troublée pour le pouvoir
temporel du pape? Noyée dans ma douleur, je ne me suis pas
préoccupée de ces détails, à
l'époque, et je n'ai jamais songé à interroger
François-Joseph par la suite. Ses traits s'altèrent
dès qu'il entend prononcer le nom de Rodolphe, et c'est en
partie pour lui cacher mon chagrin, toujours aussi vif malgré
les années, que je ne viens à Vienne que très
sporadiquement. Ma douleur lui est à charge, je sens que mon
refus de m'apaiser l'agace, je préfère donc
m'éloigner plutôt que de m'aliéner son affection en
lui présentant toujours l'image d'une Mater Dolorosa.
Sur une note moins triste, passons à la question de mes fleurs
préférées. Savez vous que j'ai du mal à
vous répondre? J'aime bien les roses rouges, en effet; qui ne
les aimerait pas? Les jardins et les serres de Schönbrunn
produisent des roses magnifiques, été comme hiver, qui
égayent toute l'année nos appartements privés.
Mais il est vrai que je préfère la violette à la
rose, cette fleur timide au parfum si discret me ressemble davantage.
Toutefois, je conserverai toute ma vie une tendresse
particulière pour la fleur de jasmin, cette fleur que Louis II
de Bavière et moi nous nous laissions parfois, sur un piano ou
un secrétaire, comme une carte de visite. J'ai d'ailleurs
demandé qu'on le descende dans la tombe avec une branche de
jasmin sur la poitrine, dernier présent de la mouette marine
à l'aigle des montagnes.
Amicalement,
Élisabeth
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