Courage ou pas
       

       
         
         

Mimouna

      Bonjour Sissi,

J'ai été très heureuse de voir que vous avez répondu à mes lettres. J'ai bien sûr beaucoup de questions à vous poser mais je ne vais vous en poser qu'une parce qu'on n'en finirait plus. Ma question, c'est: pourquoi n'êtes-vous pas partie vous réfugier chez vos parents quand votre belle-mère vous a pris Sophie comme Romy l'a fait dans la trilogie Sissi? Je ne sais si c'est un manque de courage ou si c'est Franz et tout son entourage qui vous en ont enpêché.

J'attend votre réponse avec impatience.

Au revoir,

mimouna
          
          

Impératrice Sissi


 
Chère Mimouna,

Je ne sais pas à quoi les « cinéastes » (c'est bien ainsi qu'on les appelle?) ont pensé lorsqu'ils ont imaginé cette fuite. Fuir Vienne?!? Vous vous imaginez le scandale? J'étais jeune, je croyais que l'amour de Franz finirait par faire triompher mes droits de mère et, à cette époque, je tentais très consciencieusement de remplir mes devoirs de souveraine. Une telle fuite était donc totalement impensable, même pour moi. On ne me confiait pas mes enfants parce qu'on me jugeait trop jeune et puérile. Allais-je donner bêtement raison à ma belle-mère en m'enfuyant comme une enfant gâtée? Non, ma chère enfant, ce que ces films racontent n'est pas réaliste, et ce n'est pas par manque de courage que je suis restée à Vienne, bien au contraire! Il fallait même une fameuse dose de courage pour accepter cette situation! Mais j'ai réagi, ne craignez rien! Je ne suis pas restée là sans broncher, sans protester devant le rapt pur et simple de mes enfants à l'intérieur de la Hofburg!

Il m'a fallu deux ans pour convaincre Franz, deux années pour qu'il entende enfin ma voix de mère. C'est lors d'un voyage que nous avons pu faire seuls tous les deux, une véritable seconde lune de miel en Styrie et en Carinthie, qu'il m'a enfin entendue. Deux jours arrachés au protocole, une évasion dans les montagnes! Ainsi était Franz, tendre et disponible dès qu'il était loin de Vienne, rigide et distant dès que nous remettions les pieds à la Hofburg. J'avais alors 18 ans et je commençais à peine à comprendre tout le parti que je pourrais tirer de son amour pour moi. Il lui était plus facile d'affronter sa mère par lettre que de près, et c'est par lettre qu'il lui a appris que la chambre d'enfants serait déménagée près de nos propres appartements. Évidemment, elle nous a submergés de lettres de protestation, m'accusant d'égoïsme (!), menaçant de quitter la Cour à grands fracas, mais pour la seconde fois de sa vie -la première étant lors de nos fiançailles- Franz a passé outre aux objections de sa mère et maintenu sa décision. j'ai donc récupéré la tutelle de mes enfants, hélas pour un court moment. La mort de ma petite Sophie et ma propre maladie m'ont à nouveau éloignée d'eux, et ce n'est qu'à la naissance de Marie-Valérie que j'ai vraiment su ce que signifiait être mère.

Amicalement,

Elisabeth