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Majesté,
Pour un roman que je suis en train d'écrire,
auriez-vous l'amabilité de me communiquer les dates de vos
séjours sur
la Côte d'Azur? Quelques détails me rendraient
également service. Où
logiez-vous? En hôtels ou en propriétés
privées?
Par ailleurs, j'aimerais savoir si vous avez rencontré «le
Prince Navigateur», Albert Ier de Monaco. Bref, tout
détail concernant vos séjours me serait utile.
Vous remerciant. Bien respectueusement.
Chère Michelle,
Lors de mes voyages sur la Côte d'Azur, la seule autre
«tête couronnée» que j'accepte de rencontrer
est la comtesse de Pierrefonds, autrement dit l'impératrice
Eugénie. Je ne souhaite pas me retrouver au milieu d'une
réunion mondaine, à me promener lentement avec d'autres
nobles dames dont la seule activité physique est d'ouvrir leur
ombrelle! Je fais de longues promenades à pieds ou en cotre, je
recherche tous les sites d'excursions possibles, et heureusement que ma
nouvelle dame d'honneur Irma est un peu plus jeune que Marie Festetics;
la pauvre n'arrivait plus à me suivre, et on m'accuse à
Vienne de l'avoir presque tuée!
Depuis le début des années 1890, je m'aventure sur la
Riviera presque chaque hiver. J'ai séjourné au Grand
Hôtel du Cap Martin, au Riviera Palace de Nice, à
l'Hôtel de la Paix à Marseille, à l'Hôtel des
Anglais de San Remo, l'Hôtel du Palais à Biarritz... C'est
rien de moins qu'une «chronique voyage» que vous me
demandez-là, chère Michelle! Malheureusement, si les
récits de voyages sont fort à la mode à mon
époque -même mon fils Rodolphe en a publié un!- je
n'ai écrit que de la poésie, et n'ai guère
l'intention, à soixante ans, de me lancer dans un autre genre
littéraire! D'autant plus que je ne voyage pas simplement
pour satisfaire une curiosité de touriste, mais surtout parce
que je porte mon agitation en moi, et qu'être en perpétuel
mouvement me permet simplement de trouver une forme de paix.
Amicalement,
Élisabeth
Merci pour ces informations. Depuis l'envoi de mon courrier,
j'ai lu à peu près tout les livres concernant cette femme
moderne que Vous êtes.
Entre les excès partisans de l'une et les vues
idéalisées de l'autre, parmi tous ces auteurs, bien malin
qui pourra trouver la voie du milieu. C'est sans gravité car je
n'écris pas un roman historique. Il s'agit plutôt d'une
suite d'entretiens inventés de toutes pièces entre
Élisabeth d'Autriche et... Albert 1er de Monaco: la mer faisant
lien comme «maître à penser» entre les deux.
Pour être tout à fait honnête, la philosophie de mon
ouvrage est très orientée «bouddhisme» mais,
à mon époque, pas plus indulgente que la cour de Vienne
(rien n'a changé ici-bas!), la mer me sert de prétexte
pour faire passer des pensées fortes emplies d'amour envers
cette humanité si négative. Bref, Vienne au XIXème
siècle ou l'Europe aujourd'hui, il me semble que les
mentalités progressent moins vite que les beaux chevaux de Sa
Majesté. Par ailleurs des hasards heureux dans mes recherches
(comme si le hasard existait!) me permettent de faire passer quelques
idées sur l'esclavage. Mon action se déroule totalement
à Sassetot-le-Mauconduit (cette peste de Larish en reprendra un
petit coup!) et sur la Côte d'Azur où j'ai grandi et par
conséquent marché dans les pas de Sa Majesté.
Sortie prévue printemps 2011.
En tous cas, je pense sincérement que mon livre plairait
à l'Impératrice errante...
Merci encore pour toutes ces informations et que les anges (ou
d'autres) prennent soin de l'âme bien plus riche qu'il n'y
paraît de Votre Majesté.
Merci! et quelle chance
d'être romancière... On peut arranger la
vérité afin de pousser le commun des mortels à
changer de regard sur les autres. Après deux ans de recherches,
le roman est en cours d'écriture et je suis enchantée des
personnages que j'y croise pour le plus grand plaisir de mes lecteurs.
Je pense qu'Albert 1er de Monaco vous aurait plu car vous
partagiez l'amour de la mer, aviez des idées avant-gardistes
pour l'époque, une semblable analyse de la vie de cour; et
de plus, il épousa en secondes noces Alice Heine (qui habitait
tout près de chez moi!), nièce de votre maître...
J'ai bien noté que vous ne croyez pas en la réincarnation
mais je crois savoir que vous étiez fort
intéressée par le spiritisme et la communication avec
l'au-delà (au grand dam de votre fils si je ne me trompe).
Merci en tous cas pour vos informations.
Respectueusement.
Chère Michelle,
Mon fils a en effet
démasqué quelques charlatans de Vienne, et même de
très célèbres, qui se disaient médiums.
Pour ma part, la personne que j'ai consultée est digne de
confiance puisqu'il s'agit de mon amie d'enfance, Irène
Paumgarten, qui n'a jamais demandé un centime pour m'aider
à communiquer avec mes chers disparus. J'ai tenté,
justement, de communiquer avec mon fils mais je n'y suis jamais
parvenue. J'imagine que les âmes ne le peuvent que si le Grand
Jéhovah les y autorise.
J'avais entendu parler, en
effet, du mariage d'Alice Heine avec Albert 1er, bien que je n'aie
jamais rencontré l'heureux couple. Je n'ai rencontré que
la sœur de Heine, une vieille dame très digne qui a vécu
ses dernières années dans le culte de son illustre
frère. J'aurais bien aimé qu'elle m'offre un écrit
de la main de Heine, mais j'ai compris que ces reliques étaient
sacrées pour elle et qu'elle ne s'en déferait qu'à
la mort. Je la comprends, on ne se sépare qu'avec peine des
restes d'un tel génie!
Sincèrement,
Élisabeth
Il ne nous reste qu'à respecter les positions de chacun
et je respecte beaucoup la vôtre! Et la sienne!
Les gens en avance sur leur temps vivent un réel cauchemar dans
nos mondes occidentaux emplis d'intolérance. Je sais de quoi je
parle, c'est sans doute ce qui les conduit à tellement
apprécier la solitude!
Sassetôt, où je n'ai passé qu'un seul
été, fut mon plus décevant séjours de
vacances... Le bouddhisme m'inspire un grand respect mais je n'en
partage aucunement l'idée de réincarnation (quel dieu
serait assez cruel pour nous imposer une autre existence remplie de
douleurs et d'épreuves! La plus grande preuve d'humanité
serait alors de mettre à mort tout nouveau-né!). Des
entretiens avec Albert 1er alors que la seule «tête
couronnée» que je me plais vraiment à
fréquenter sur la Côte d'Azur est la comtesse de
Pierrefonds (ou, si vous préférez,
l'ex-impératrice Eugénie)... Je fuis les filles de
Victoria comme la peste, et même ma plus dévouée
dame d'honneur, Marie Festetics, affirme tout bas qu'il est de plus en
plus difficile d'avoir un commerce «normal» avec moi...
Autrement dit, je risque fort d'être moi-même
étonnée par le contenu de votre roman, chère
âme! Cela dit, il ne me déplaît pas de voir que
votre époque me considère autrement que mes
contemporains. Ici, ma misanthropie, mon désir de paix sont vus
comme autant «d'excentricités» proches de la
folie... J'ai toujours su que la véritable reconnaissance me
viendrait des âmes du futur. Ici, la seule chose qui me surprenne
encore est d'entendre quelqu'un dire ou écrire du bien de moi.
Je vous souhaite un grand succès, chère Michelle. Je suis
bien placée pour comprendre à quel point
l'écriture peut s'avérer un exutoire salutaire. En ce qui
me concerne, ce soulagement n'est même plus à ma
portée, Rodolphe a emmené mes muses avec lui.
Sincèrement,
Élisabeth
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