Emilie
écrit à

   


L'ImpératriceSissi

     
   

Comment vos enfants sont-ils morts?

   

Bonjour,

Tout d'abord, je voudrais savoir à quel moment sont nésvos enfants, et comment ils sont morts?

Émilie


Chère Émilie,

Trois de mes enfants sont nés au château deLaxenburg. Je n’avais pas le choix, c’était la tradition. Sophiey estnée le 5 mars 1855, d’une façon relativement facile.Gisèle égalementest née assez rapidement et sans trop de souffrances le 12juillet 1856.

Lanaissance de mon fils Rodolphe, le 21 août 1858, aété beaucoup pluséprouvante. Moi qui avait à peine gémi au cours demes accouchementsprécédents, je poussai des cris lamentables pendant unequinzained’heures. Ma belle-mère en est même tombée àgenoux en prières au piedde mon lit. J’avais vécu ma grossesse dans une tristesse et uneinquiétude extrêmes. Ma fille Sophie était mortedepuis seulement sixmois lorsque Rodolphe fut conçu, je l’ai donc porté avecl’esprit et lecœur en deuil, en observant sans protester ma belle-mère quiorganisaitson installation près de ses appartements. J’avaisprotesté bien haut,un an auparavant. J’avais réussi, au prix de bien des larmes etderécriminations auprès de mon époux, àregagner la haute main surl’éducation de mes filles. Mal m’en pris. Heureuse d’avoir enfinmesfilles près de moi après en avoir étéprivée pratiquement depuis leurnaissance, je ne souhaitais pas les laisser derrière alors qu’unvoyageofficiel en Hongrie s’annonçait. J’ai donc insisté pourles emmener,malgré l’opposition de ma belle-mère. Ma filleGisèle y est tombéemalade, mais de constitution robuste, elle s’est rapidement remise.C’est alors que ma fille Sophie, alors âgée de deuxans et 2 mois, estdevenue fiévreuse à son tour. Elle criait, pleurait,rendait tout cequ’on tentait de lui faire boire ou manger. Je l’ai veillée unjourentier et elle est morte dans mes bras, le 29 mai 1857 àBudapest. LeDr. Seeburger, cet incapable, n’a même pas pu établir aveccertitude dequoi elle était morte! Convaincue de ma propre incapacitéen tant quemère, rongée par le remords, j’ai laissé mabelle-mère s’emparer deRodolphe dès sa naissance.

Le 22 avril 1868, lors de lanaissance de ma kedvesem, de ma Valérie chérie, leschoses avaient bienchangé. J’avais pris de l’assurance, j’étais àl’apogée de ma beauté etde mon pouvoir sur l’empereur, j’avais réussi à tisser unlien d’amourentre l’Autriche et la Hongrie, concrétisé par leCompromis de 1867.J’avais décidé d’offrir ce présent à laHongrie, un enfant, que jesouhaitais être un fils, un futur roi pour une Hongrieindépendante.Puis, ma grossesse avançant, j’étais de plus en pluspersuadée que jeportais une fille, et cette fois, je la portais pour moi. Personne neme l’enlèverait. Pour éviter la moindre tentative de mabelle-mère defaire main basse sur cette enfant, je décidai, au méprisde toutes lestraditions, d’accoucher en Hongrie, dans cette terre d’amour que jeconsidérais comme ma vraie patrie. Au souvenir de la naissancedeRodolphe, j’avais évidemment quelques craintes, mais tout s’esttrèsbien passé. Je connaissais enfin la joie d’êtremère, totalement etsans entraves. Cette enfant fut, jusqu’à son mariage, la joie dema vieet le seul lien qui me rattachait à ce monde. Maintenant, elleestmariée, elle ne m’appartient plus, et malgré tout sonamour pour moi,elle me préférera désormais ses propres enfants.Je la comprends, maisla douleur n’en reste pas moins réelle. Je la visite de tempsà autres,mais je ne m’attarde jamais bien longtemps. Le nids des hirondellesn’est pas fait pour la mouette marine.

Gisèle vit désormais enBavière, depuis son mariage avec ce brave Léopold. Ellecrève de santé,elle vivra probablement cent ans. Ce n’est certes pas le soucis de sasanté qui me retiendra en Bavière lors de mes visites!

Vousvoulez savoir comment est mort Rodolphe? Je peine à commencer unrécitqui me déchire chaque fois davantage que laprécédente. Vousm’éviteriez bien des larmes, chère amie, en consultanttout simplementles nombreuses lettres qui sont consacrées à ce sujet,sur ma page.Qu’il vous suffise de savoir que mon fils est mort à Mayerling,le 30janvier 1889, à l’âge de 30 ans.  Mes ennemis aurontcette satisfactionque je ne laisserai pas de traces en Autriche, aucun héritierné de moine règnera sur cet empire. Sa mort a brûlé mesailes, a détruit ma foiet a fait de moi cette Mater Dolorosa qui erre sans but, d’île enîle,cherchant vainement le repos. La fin viendra bien un jour, et le reposéternel n’en sera que meilleur.

Sincèrement,

Élisabeth