Mélissa
écrit à




L'Impératrice Sissi






Bonjour



Bonjour impératrice,

Je suis très heureuse de vous écrire. On m'a dit que vous avez eu des liens avec la comtesse de Ségur. J'ai lu un de vos livres. Vous avez rencontré le jeune Strauss.

Merci de me répondre.

Mélissa

Chère Melissa,
 
J'ai en effet assez bien connu le «jeune» Johann Strauss (tout de même plus âgé que moi d'une bonne douzaine d'années!) puisqu'il a été assez longtemps le Hofballmusikdirektor (directeur de la musique de bal de la Cour). Après son mariage avec la cantatrice Jetty Treffe, il a abandonné sa baguette à ses deux frères, Edouard et Joseph Strauss, mais il revient régulièrement présenter des concerts à Vienne. Mon époux apprécie particulièrement sa musique, qu'il trouve jeune et vivifiante.
 
J'ai croisé la comtesse de Ségur au hasard de mes visites à Paris, mais comme vous le savez, je fuis comme la peste toute activité mondaine. Ces rencontres furent donc vraiment dues au hasard. C'est surtout sa fille, Nathalie de Malaret, que j'ai eu l'occasion de voir plus longuement puisqu'elle était dame d'honneur de l'impératrice Eugénie. Vous pouvez d'ailleurs la voir sur l'un des très beaux portraits peints par monsieur Winterhalter (le même auquel on doit mon portrait «d'impératrice aux étoiles») qui a représenté Eugénie entourée de ses dames d'honneur. Elle-même très belle, l'impératrice des Français aimait, tout comme moi, s'entourer de femmes à peine moins belles qu'elle, et n'était nullement jalouse de la beauté qu'elle découvrait chez d'autres femmes. Une impératrice digne et charmante, que j'ai eu plaisir à côtoyer et que je rencontre encore de temps à autres au Cap Martin, sous son nom de «comtesse de Pierrefonds».
 
Amicalement,
 
Elisabeth

Chère Mélissa,
 
Certains châteaux font partie du patrimoine des Habsbourg, et passent en héritage de souverain en souverain, un peu comme Buckingham Palace pour les souverains d'Angleterre. Ce sont donc des «résidences impériales» où je ne me sens pas particulièrement chez moi, sauf peut-être Schönbrünn, et que j'ai du mal à considérer comme «mes» châteaux. Notre principale résidence est le château de la Hofburg, à Vienne, un palais que j'ai toujours surnommé la «Kekerburg», le palais-cachot. Schönbrünn et Laxenburg peuvent être considérés comme des résidences d'été; le parc de Schönbrünn est si vaste et si beau que j'ai grand plaisir à y faire mes grandes promenades et à y retrouver certains arbres particuliers qui ont souvent reçu mes confidences. La Kaiservilla d'Ischl est également une résidence d'été, où nous passons quelques semaines chaque année. Également, Franz m'a fait construire une résidence à Lainz, que j'ai surnommée la «Villa Hermès». Il croyait réfréner ainsi mon envie de voyager, en m'offrant cette résidence située presque au milieu des bois. Je m'y plais beaucoup, en effet, mais cela n'aura pas réussi à m'attacher à l'Autriche. Gödölö en Hongrie a pour moi une valeur particulière, étant donné qu'il m'a été offert par la nation hongroise. Il y a bien-sûr le palais impérial et royal d'Ofen, et une résidence impériale à Prague où je me rends le moins possible; je n'ai jamais eu d'attirance particulière pour la Bohème et les familles aristocratiques de ce pays, qui m'ont trop fait ressentir mon insignifiance dans ma jeunesse. Reste l'Achilléion, que je me suis fait construire à Corfou. Rêve de pierre aussitôt regretté; un palais était comme une chaîne, un anneau de mariage. J'aurais mieux fait de continuer à rêver de Corfou plutôt que de tenter de m'y fixer. On ne peut fixer la mouette marine. Seule la mort, sans doute, finira par me fixer pour toujours quelque part, dans la crypte des Capucins près de mon fils, tout juste sous la fenêtre d'où on entend pépier les moineaux...

Sincèrement,
 
Élisabeth