Valérie
écrit à




L'Impératrice Sissi






Amour



Bonjour,

Je voudrais savoir si vous avez aimé Franz dès le premier jour ou bien si votre union fut un mariage arrangé.

Chère Valérie,
 
Quel joli nom! Vous portez le même prénom que ma «kedvesem», ma Valérie chérie...
 
Mon mariage avec Franz n'était pas «arrangé» à proprement parler; en fait, c'est ma sœur Hélène qu'il devait épouser. Depuis quelques années déjà, l'idée était dans l'air, la correspondance entre ma mère et ma tante Sophie abondante, et l'éducation d'Hélène était particulièrement soignée, en fonction de ce brillant avenir prévu pour elle.
 
L'amour, en effet, est venu changer la donne. Franz nous a rencontrées toutes les deux en même temps, au cours d'une réunion de famille organisée par ma tante Sophie à Ischl durant le mois d'août 1853, et il s'est vite désintéressé de la «fiancée» qu'on lui destinait. Dès que son regard s'est posé sur moi, son cœur a été pris et mon destin a été scellé. «On n'envoie pas promener un empereur d'Autriche», m'a dit ma mère lorsqu'elle m'a présenté sa demande en mariage. Pour ma part, je n'avais que quinze ans, et je pleurais la mort de mon premier amour, disparu depuis quelques mois. C'est en partie pour me distraire que ma mère m'a amenée à Ischl cet été-là, loin de ce douter du tour que prendrait ce voyage pour moi. De l'amour? De mon côté, de l'inclination, tout au plus. N'eussent été toutes les tracasseries de la vie de cour, des déceptions et des chagrins de toutes sortes, cette inclination que j'avais pour lui aurait pu se transformer en un amour aussi intense que celui qu'il éprouvait pour moi. Mais la «Kerkerburg», le palais-cachot, a eu raison de tous mes élans d'affection spontanés qui me poussaient vers lui.

Un mariage d'amour pour lui, un mariage arrangé pour moi. Voilà la simple vérité, chère Valérie.
 
Sincèrement,
 
Élisabeth