Jennifer et Alice
écrit à




L'Impératrice Sissi






À la magnifique beauté d'Autriche, celle qui a su nous faire rêver



Collège le Petit Pont
Le Jeudi 6 janvier 2011
Saint-Martin-en-Haut

Chère Élisabeth Amélie Eugénie de Wittelsbach,

Nous aimerions d'abord nous présenter. Nous nous appelons Jennifer et Alice. Nous sommes élèves de 4e b au collège Le Petit Pont. Nous avons vu tous les films dans lesquels Romy Schneider interprétait votre rôle. Notre professeur de français vous admire et nous a longuement parlé de vous.

Nous aimerions savoir si vos robes étaient aussi belles que dans les films où Romy les portait. Combien de temps fallait-il pour vous préparer (coiffure, robe et maquillage)? Est-ce que vous en aviez beaucoup? Et changiez-vous souvent de robes? Que portiez-vous pour votre mariage? Et quelles robes mettiez-vous pour les bals? Était-ce pratique de se déplacer et de danser avec toutes ces belles et longues robes?

Nous aimerions savoir si l'amour que vous portiez à François Joseph Ier était aussi fort que dans les films. Viviez-vous une belle romance avec lui? Était-ce facile de vivre une vie normale (familiale) en étant impératrice? Pensiez-vous devenir ce que vous êtes devenue? Rêviez-vous de devenir impératrice étant petite?

Merci de nous faire rêver avec toutes vos belles robes, votre beauté et votre pouvoir. Nous vous présentons nos sincères salutations.

Cordialement,

Jennifer et Alice 


Chères jeunes amies,
 
Ne vous fiez pas aux contes de fées, mes enfants; ce sont des contes, justement. Tout ce que vous avez vu dans ces films a été romancé, édulcoré, et n'a que très peu à voir avec la réalité. J'ai aimé Franz, oui, mais jamais de la même façon que lui m'a aimée. J'aurais pu, certes, partager ce sentiment qui était si fort chez lui, mais l'absence d'intimité, de véritable vie de famille -absence à laquelle lui avait été préparé par son éducation de futur empereur, mais pas moi!- les déceptions qu'il m'a infligées en prenant le parti de l'archiduchesse à des moments déterminants de notre vie, tout cela a empêché mon amour pour lui de dépasser le stade de béguin de jeune fille. Je n'étais absolument pas faite pour être impératrice, je n'ai jamais cherché à le devenir, et je crois que ce mariage a été, en fait, une grande erreur pour nous deux. Il aurait été beaucoup plus heureux avec une épouse comme ma sœur Hélène, qui lui était pourtant destinée et qui avait été élevée dans ce but. Hélène aurait su l'appuyer, assumer son rôle de représentation sans dégoût, aurait probablement été très obéissante aux instructions de l'archiduchesse Sophie et aurait fait l'unanimité à la Cour de Vienne. Pour ma part, je me suis attiré bien des inimitiés dès mon arrivée en refusant ce rôle de potiche auquel on me destinait, et je n'ai jamais pu faire ma place face à cette cour où chacun considérait ma belle-mère comme la «vraie impératrice».
 
L'amour de Franz ne s'est cependant jamais démenti au cours de ces années, mais je crois que ma beauté physique y a été pour beaucoup. Voilà pourquoi j'y attachais tant d'importance; c'est par cette beauté seulement que j'arrivais à l'influencer de temps à autre, que j'avais l'impression d'exister un peu. J'ai donc pris soin de ma beauté, de mon poids, de ma souplesse aussi longtemps que je l'ai pu. Les robes qui vous font rêver ont évidemment eu leur rôle à jouer dans l'épanouissement de ma beauté. Les crinolines étaient très belles, mais tout à fait incommodes pour marcher, danser ou passer une porte de face. Et que dire de l'exploit de descendre un escalier sans voir où on pose le pied! Magnifiques, mais presque dangereuses. Heureusement que l'impératrice Eugénie, grande arbitre des élégances en Europe, a réussi à faire abandonner cette mode avant la chute de l'Empire de Napoléon III! Pour les cérémonies officielles, il me fallait pas moins de trois heures pour me préparer; coiffure, habillage, laçage de corset (une heure pour atteindre mes cinquante centimètres de tour de taille). Je devais parfois me lever à quatre heures du matin pour être prête à temps! Toute autre souveraine, avec une réputation de beauté moindre que la mienne, n'avait pas à se plier à toutes ces obligations. Pour ma part, ma réputation s'étendait si loin que je devais évidemment être à la hauteur à chaque fois. Pas étonnant que j'aie cherché, dès que possible, à me dispenser de toutes ces corvées. Ma beauté, c'est pour moi que je la cultivais, et non pour l'édification des badauds. Encore une fois, cela a contribué à me faire détester à Vienne puisque j'y suis considérée comme une souveraine qui néglige ses devoirs envers son mari et envers son peuple. Peu importe. C'est moi que je refuse de trahir en agissant ainsi.
 
Sincèrement,
 
Elisabeth