To be or not to be?
       
       
         
         

tremblay_michele@yahoo.ca

      Bonjour Shakespeare!

Mon petit animal favori, par sa respiration, m'a remémoré que je devais vous écrire (chat qui expire).

Premièrement, salutations bien basses, ô maître! J'écris aussi, mais je ne parviendrai (hélas!) jamais à maîtriser la plume aussi bien que vous le faites.

Ma pièce préférée est «Hamlet» car c'est selon moi la plus sombre, si on exclut «Titus Andronicus», dont le texte est moins fort. Même «Mac Beth» n'est pas aussi angoissante que votre «Hamlet» dans laquelle chaque personnage finit comme un festin pour les vers politiques en congrès. D'ailleurs, votre rapport avec ceux-ci me captive tout particulièrement. «Nous engraissons toutes les créatures pour nous engraisser et nous nous engraissons pour le ver.» Je dois admettre que j'y ai longuement réfléchi et que j'ai même composé un court essai à ce sujet.

Enfin bref, puisque question il faut vous poser, question je vous pose: faut-il voir, dans l'interrogation «To be or not to be?» une dimension existentielle ou n'est-ce simplement qu'une hésitation de votre héros, velléitaire à l'idée de venger son père? Et si on met cette interrogative en rapport avec l'assertion «Je pense donc je suis», peut-on alors la traduire par «To think or not to think?»

Merci à l'avance et bonne journée,
Michèle Tremblay

 

       
         

William Shakespeare

      Dame Michèle,

Je suis flatté de savoir que vous appréciez Titus Andronicus. Pour peu, je dirais que vous vous seriez sentie chez vous dans le Londres que je connais.

To be or not to be… En y repensant, je crois que l’hésitation à passer à l’action telle qu’elle se manifeste chez Hamlet – et ce à travers toute la pièce – est fortement imprégnée de considérations existentielles.

Pour ce qui est de votre assertion, ce «je pense donc je suis», bien que je n’en connaisse pas tous les fondements, il me paraît évident que si l’on tient cette première proposition pour vraie, alors on ne peut tenir pour fausse la seconde, soit celle que vous m’exposiez. Mais je peux me tromper.

Vous lire me fut très agréable.

Je demeure votre dévoué,

William Shakespeare