Ne doutez plus de vous |
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| Cher William, Ne doutez plus que vos oeuvres aient traversé les siècles, qu'elles soient lues, jouées et même étudiées encore en ce début de XXIème siècle. Sachez que les observations que vous avez faites de votre monde correspondent encore à la réalité, que vos sujets sont d'actualité et que c'est toujours un plaisir que de lire ou d'entendre vos traits d'esprit. J'étudie ce que l'on appelle aujourd'hui la langue de Shakespeare (c'est tout dire!) ainsi que l'histoire et la littérature de toutes les civilisations anglophones. Vos oeuvres sont une source inestimable d'informations, autant pour comprendre la littérature que la vie quotidienne de votre époque en Angleterre (nom que j'utilise à défaut d'autre chose). J'ai utilisé plus d'encre dans les cours qui vous sont dédiés que pour l'étude de la grammaire anglaise! C'est toute jeune que j'ai vu pour la première fois l'une de vos pièces cela a été une révélation. Bien plus tard, quand j'en ai étudié quelques-unes, j'ai commencé à entrevoir l'immensité de votre talent, la complexité de vos oeuvres. Ce qui m'intrigue le plus, c'est ce mélange de profondeur et ce populisme (n'y voyez pas d'offense, car je ne sais si j'utilise le mot à bon escient) cette capacité à conquérir tous types de publics: chacun peut prendre plaisir à voir une de vos pièces qu'il soit noble ou simple paysan. Elles sont comme une parfaite synthèse entre l'Académie Française et la Star Académie, si vous voyez ce dont je veux parler. Comment faisiez-vous? Ah! Une question sur laquelle bon nombre d'entre nous, étudiants et professeurs, ont longuement débattu: Hamlet se savait-il épié lorsqu'il rencontre Ophélie faisant semblant de lire dans les couloirs de son palais? Je vous souhaite de longues et belles années avec votre femme, Martine |
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| Dame Martine, Je vous remercie au nom de ma femme pour vos bons souhaits. Comment fais-je? Il faut que mon public puisse se reconnaître à travers certains éléments du spectacle. Ainsi il m'est arrivé d'insérer dans le tissu d'un scène un mince fil rappelant des événements qui étaient encore présents à l'esprit des spectateurs. Je doute cependant que les personnes qui assistent à mes pièces depuis votre époque saisissent tous les enchevêtrements de fable et de réalité, le temps ayant poli la pierre de la mémoire. À propos de la scène dont vous me rappelez le souvenir, il me semble que la raison pour laquelle un débat eut lieu est justement parce que je n'ai pas cherché à être aussi explicite. Toutes les lectures sont bonnes tant que la scène est jouée de façon cohérente à ce qui précède et à ce qui suit. Ai-je voulu Hamlet fou ou feignant l'état de folie? Libre à vous de faire votre lecture selon l'une ou l'autre de ces possibilités. Je vous salue et vous remercie encore. Votre dévoué, W. Shaxpeare |
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| Cher William, Vous avez l'art de cultiver le mystère! Peut-être est-ce cela qui nous fascine tant, car chacun peut y voir le reflet de ses désirs. Quand à savoir si, à mon époque, nous dénouons tous les fils de vos pièces, je ne puis dire. Pourtant nous en démêlons tant et tant qu'il est difficile de penser qu'il y en ait plus. Ne vous fâchez pas, je veux bien vous croire, car enfin, je ne pense pas que les «littéraires» aillent jusqu'à fouiller les moindre journaux pour dénicher les faits divers qui auraient pu vous inspirer. C'est vous, par contre qui nous inspirez. Si vous n'êtes point puriste, je pense que vous-même approuveriez les re-créations que certains artistes de notre époque font de vos oeuvres. Si l'estimable Webmestre de Dialogus en a le pouvoir, demandez-lui à voir le «Romeo and Juliet» et le «Midsummer Night Dream» que l'Australien Baz Luhrmann a offert à son public. J'étais puriste avant de voir son travail, mais il pourrait se vanter de m'avoir fait changer d'avis. Je renouvelle mes voeux pour vous et votre femme, Martine |