Demoiselle Justine,
Christopher Marlowe
était un rival, c'est vrai. Nous avons tous, un jour ou l'autre, eu à subir la
comparaison. Nous n'étions jamais aussi bons que lui. Il avait une façon bien à
lui de faire parler les personnages et l'effet était d'autant plus spectaculaire
qu'on aurait dit que n'importe qui, en apparence, aurait pu écrire ces vers.
Mais au fur et à mesure que l'étau dramatique se resserrait, alors l'empreinte
unique de Marlowe se manifestait et tous criaient au génie.
C'était un
rival en ce sens que j'aspirais, comme tant d'autres, à pouvoir me mesurer à
lui. Mais c'était aussi un ami très cher. L'amitié que nous lui portions
transcendait notre art, allait au-delà de la vulgaire compétition entre auteurs
pour gagner une scène ou faire jouer nos pièces.
Sa mort, tragédie d'une
tristesse infinie, m'a beaucoup touché. Il m' arrive encore aujourd'hui de
repenser à ces soirées passées à la taverne où nous buvions les profits de la
soirée en vantant les vers de l'autre.
Pour ce qui est de ma réplique
préférée, je crois que j'aurais de la difficulté à faire un choix. D'abord parce
que je ne me souviens pas de tout ce que j'ai pu écrire. Ensuite parce qu'au
moment où j'écrivais une pièce, c'était ma préférée. SI je devais choisir ma
meilleure réplique en terminant «Cymbeline», alors cette réplique aurait
été tirée de cette pièce. Mais si je dépose la plume et me mets à y penser
sérieusement (comme je viens de le faire il y a maintenant vingt minutes), je
choisirais les vers prononcés par Puck à la toute fin du
"Songe":
If we shadows have offended
Think but this, and all is
mended,
That you have but slumb'red here
While these visions did
appear.
And this weak and idle theme,
No more yielding but a
dream,
Gentles, do not reprehend.
If you pardon, we will mend.
And, as
I am an honest Puck,
If we have unearned luck
Now to scape the serpent's
tongue,
We will make amends ere long;
Else the Puck a liar call.
So,
good night unto you all.
Give me your hands, if we be friends,
And Robin
shall restore amends.
J'espère que vous obtenez ainsi
satisfaction,
Votre dévoué,
Wm. Shakespeare
