Justine
écrit à

   


William Shakespeare

     
   

Marlowe

   

Monsieur Shakespeare,

J'ai découvert Roméo et Juliette comme tout le monde à travers le cinéma et je me rends compte, en lisant la pièce, que les adaptations effectuées ne sont vraiment pas à la hauteur. Mais passons, cela n'est pas ma question...

1) Étiez-vous vraiment un rival de Marlowe?
2) Quelle est votre meilleure réplique d'après vous?

Justine


Demoiselle Justine,

Christopher Marlowe était un rival, c'est vrai. Nous avons tous, un jour ou l'autre, eu à subir la comparaison. Nous n'étions jamais aussi bons que lui. Il avait une façon bien à lui de faire parler les personnages et l'effet était d'autant plus spectaculaire qu'on aurait dit que n'importe qui, en apparence, aurait pu écrire ces vers. Mais au fur et à mesure que l'étau dramatique se resserrait, alors l'empreinte unique de Marlowe se manifestait et tous criaient au génie.

C'était un rival en ce sens que j'aspirais, comme tant d'autres, à pouvoir me mesurer à lui. Mais c'était aussi un ami très cher. L'amitié que nous lui portions transcendait notre art, allait au-delà de la vulgaire compétition entre auteurs pour gagner une scène ou faire jouer nos pièces.

Sa mort, tragédie d'une tristesse infinie, m'a beaucoup touché. Il m' arrive encore aujourd'hui de repenser à ces soirées passées à la taverne où nous buvions les profits de la soirée en vantant les vers de l'autre.

Pour ce qui est de ma réplique préférée, je crois que j'aurais de la difficulté à faire un choix. D'abord parce que je ne me souviens pas de tout ce que j'ai pu écrire. Ensuite parce qu'au moment où j'écrivais une pièce, c'était ma préférée. SI je devais choisir ma meilleure réplique en terminant «Cymbeline», alors cette réplique aurait été tirée de cette pièce. Mais si je dépose la plume et me mets à y penser sérieusement (comme je viens de le faire il y a maintenant vingt minutes), je choisirais les vers prononcés par Puck à la toute fin du "Songe":

If we shadows have offended
Think but this, and all is mended,
That you have but slumb'red here
While these visions did appear.
And this weak and idle theme,
No more yielding but a dream,
Gentles, do not reprehend.
If you pardon, we will mend.
And, as I am an honest Puck,
If we have unearned luck
Now to scape the serpent's tongue,
We will make amends ere long;
Else the Puck a liar call.
So, good night unto you all.
Give me your hands, if we be friends,
And Robin shall restore amends.

J'espère que vous obtenez ainsi satisfaction,

Votre dévoué,

Wm. Shakespeare