La puissance des mots |
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| Très cher William
Shakespeare, Je me nomme Sarah, j'en suis à ma seizième année de ma vie et je vous écris de Montréal, au Canada (autrefois appelé Nouvelle-France, terre colonisée par les Français). Pour un travail d'école, on nous a demandé d'écrire à un personnage de Dialogus et d'interroger celui-ci afin qu'il puisse réponde à une question qui nous est existentielle. Comme la littérature et les livres me passionnent, je me demandais comment de simples lettres, agencées pour former des mots, peuvent avoir le pouvoir d'émouvoir, de faire ressentir des émotions si intenses et parfois perturbantes. J'espère que vous me répondrez bientôt. Merci. Sarah |
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| Demoiselle Sarah, Je comprends très bien votre émerveillement, car je l'ai moi-même vécu alors que j'étudiais Ovide à l'école. Vous me permettrez donc de me référer à mon souvenir pour tenter de vous répondre. Je crois que les mots ont le pouvoir d'émouvoir parce que nous avons déjà vécu, et donc ressenti, ce que les mots désignent. Ils tirent leur pouvoir de notre vécu, de nos expériences individuelles. Ils s'alimenteront à notre empathie lorsque nous n'aurons pas assez vécu. Ainsi, quelqu'un pleurera la mort du frère d'un personnage en deux occasions possibles: si le lecteur – ou le spectateur - a lui-même perdu un frère ou s'il a la capacité de transposer les émotions d'autrui sur lui-même. Si l'une de ces deux conditions, ou les deux à la fois, sont absentes chez le sujet, il n'aura l'impression que de se retrouver face à une page – ou une scène – remplie de mots dont le sens lui échappe. Le seul esthétisme des mots, bien qu'important, n'allez pas en douter, n'est rien s'il ne provoque pas chez le lecteur l'impression qu'il se retrouve à travers le texte. La beauté pour la beauté ne m'a jamais intéressée. La beauté pour l'émotion, voilà ce qu'il faut rechercher. J'espère avoir répondu à votre satisfaction à vos questions. Je demeure votre dévoué, William Shakespeare |