Rémy
écrit à

   


William Shakespeare

     
   

L'amour

   

Mes salutations Monsieur,

J'ai lu bon nombre de vos oeuvres et j'admire beaucoup vos vers qui chantent l'amour, la passion, la vie et la beauté. Toutefois, je dois dire que j'ai une grande admiration pour l'histoire des Capulets et
 des Montaigus!

J'aimerais vous demander si votre vision de l'amour a changé? Nous sommes dans des années où les gens ne s'aiment plus avec la passion d'autrefois, où le romantisme est mort et où le coeur-aimant
est un coeur-déchiré. Trouvez-vous que l'Amour, la passion, le romantisme ont encore leur place dans notre société?

Dernièrement, grâce à la production cinématographique (ce sont des images que l'on visionne devant un grand écran, avec du son et des effets spéciaux) Roméo et Juliette est sorti dans nos salles.
Est-ce que vous êtes déçu que votre oeuvre soit réduite à cela? Pensez-vous qu'aujourd'hui encore, l'on puisse retirer une leçon de votre oeuvre?

Merci d'avance de m'accorder un peu de votre temps.

Rémy


Monsieur Rémy,

Pardonnez-moi de vous avoir négligé. J’espère que vous ne m’en tiendrez pas rigueur.

Ma vision de l’amour n’a pas changé au cours des vingt ans qui séparent le moment où j’ai rédigé Roméo et Juliette et celui où je vous réponds. L’amour continue d’être pour moi la force la plus absolue qui peut lier ensemble deux âmes. La Passion –avec ce grand P que vous affectionnez– est l’exacerbation du sentiment amoureux; la passion donne le courage de tout et la peur de rien. Le Monde ne naquit-il pas de l’Amour et de la Passion? Sans l’amour, nous ne serions pas là, en pleine correspondance. Nous n’existerions pas car jamais nos parents –qui font qui nous sommes– ne nous auraient donné la vie. Si mon père n’avait pas aimé ma mère, ou si ma mère avait préféré un autre homme que mon père, vous ne seriez pas à attendre ma réponse.  Je ne serais pas qui je suis.

Vous me demandez, cher Rémy, de porter mes yeux sur votre société afin de savoir si l’amour, la passion et le romantisme y ont encore leur place.  Je dois m’interdire pareille analyse puisque je serais fort mauvais juge. Je ne connais pas votre société. Je ne dirais que des âneries et votre perception de la personne que je suis en serait irrémédiablement amoindrie.

Pour ce qui est de cette nouvelle version de Roméo et Juliette, je répondrai à peu de choses près ce que j’ai déjà répondu à d’autres avant vous: mon texte m’a été payé lorsqu’il fut terminé. J’y ai mis tout ce que je pouvais à l’époque. Maintenant chacun est libre d’en faire ce qu’il veut. Le canevas de base est là; l’imagination et les moyens sont partout et en très grande variété. Je ne juge pas, encore une fois, surtout lorsque je n’ai pas les moyens de vérifier ce que j’avancerais.

Je demeure votre dévoué.

Wm. Shakespeare