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écrit à

   


William Shakespeare

     
   

La maîtrise de la langue 

   

Monsieur Shakespeare,
 
Pourriez-vous me dire comment acquérir une maîtrise de la langue telle que vous en faites usage?


Très estimé correspondant,
 
Je croyais avoir été oublié par vos contemporains, car depuis quelques temps, ma correspondance avec votre époque avait considérablement ralenti.
 
Mon lointain ami, je vous remercie du crédit que vous m'accordez en considérant ce que vous appelez une «maîtrise de la langue». Je vous confierai bien honnêtement que je ne mérite aucunement le mérite que vous m'attribuez puisque la relative jeunesse de ma langue me permet de jongler avec la forme pour permettre au fond d'être mis en valeur. Je me suis permis, au cours de ma carrière, de modeler la langue afin d'en faire ressortir les sonorités. Ces sonorités suscitant réflexion puis émotion, ou vice-versa.
 
S'il m'était permis de vous prodiguer un conseil, je vous dirais simplement de jouer -littéralement- avec les mots. Laissez aller un peu votre imagination et voyez jusqu'où ce véhicule vous emmènera. C'est à force de travail, et de jeux, faut-il le rappeler, que l'habileté se développera et que votre qualité se manifestera.
 
J'espère que ces paroles d'un vieil homme du passé sauront vous satisfaire.
 
Néanmoins, je demeure votre dévoué,
 
Wm. Shakespeare


Merci beaucoup de m'avoir répondu et de m'avoir aidé en même temps. Jongler avec les mots, faire des connections avec les syllabes et les intonations, vous dites. Laisser cours à mon imaginaire. Vous n'auriez pas, par le plus grand des hasards, une petite leçon qui pourrait m'être utile?

Je vous en remercie d'avance.

De l'admirateur du plus grand et bien modeste William Shakespeare


Cher ami,
 
Vous aider m'aurait fait le plus grand plaisir à l'époque où j'étais plus actif.  Depuis que je me suis retiré, je me sens des plus rouillés; je ne suis plus ce que j'ai déjà été!  Même lorsque je m'en donne la peine, j'ai l'impression que mes vers tombent à plat comme le plus vert des jeunes premiers!
 
Je crains que mes conseils, s'ils étaient plus poussés, vous mettent dans l'embarras.  Je préfèrerais que vous ayez un meilleur souvenir de moi que celui d'un vieil homme dont la plume se meurt.
 
Mais que cela ne vous empêche d'aller chercher ailleurs de meilleurs mots que les miens.  D'ailleurs, il n'y a rien qui puisse enlever l'éclat de ce qui vient du fond de votre âme.  Ne soyez pas si humble!  Vous n'avez sûrement qu'à fouiller en vous et votre voie (ou votre voix) se manifestera.
 
Lisez, écrivez, encore et toujours car rien ne naît de rien!  Plus vous en ferez et meilleur vous serez.  C'est tout ce que je peux vous dire de plus.
 
Je demeure votre dévoué,
 
Wm. S.