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diana.ialogue@laposte.net |
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Hamlet |
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| Cher Maître, C'est avec émotion que j'écris au plus grand écrivain de tous les temps depuis Dieu, pour solliciter humblement quelques réponses aux questions qui me tourmentent sur votre chef-d'oeuvre «Hamlet». Je supplie le grand génie que vous êtes de ne pas trop s'indigner de la naïveté de mes questions et de m'apporter les réponses qui soulageront enfin le mécréant que je suis de ses interrogations. Dans «Hamlet», il est question de «poison versé dans l'oreille»: comment est-il possible d'empoisonner quelqu'un avec une telle méthode? Le poison ne se verse-t-il pas plutôt dans une coupe? Hamlet conspire continuellement pour tuer son beau-père et n'hésite pas à assassiner ou faire exécuter jusqu'à ses compagnons d'armes comme Rosencranz et Guildenstern. Pourquoi fait-il faire mettre à mort ces deux derniers? Ils étaient à peu près innocents. Enfin, comme Hamlet est prince royal, ne lui aurait-il pas été plus simple de directement ordonner à ses gardes d'exécuter son beau-père et de se proclamer ensuite immédiatement roi, quitte à faire exiler la reine-mère dans un couvent? C'est, me semble-t-il, ce que le roi de France Louis XIII a fait subir à Concini et le roi Édouard III d'Angleterre à lord Mortimer. Friend, Si vous connaissiez le malaise que j'éprouve lorsque vous me qualifiez ainsi de génie, vous cesseriez sur-le-champ d'user de telles appellations à mon égard. De plus, si vous me connaissiez personnellement, je crains que vous ne soyez amèrement déçu, vous rendant compte de toute mon humanité. Je serai cependant heureux de vous répondre et sachez que j'accueille toutes les questions qui me viennent sans préjuger d'elles. Le poison versé dans l'oreille du roi Hamlet par son frère Claudius sert deux fonctions: d'abord, par son effet, il met fin à la vie du noble roi; ensuite il révèle toute l'hypocrisie et la fourberie de Claudius qui n'a pas le courage de ses ambitions. Lui qui se voyait roi en lieu et place du roi, prenant du même coup l'objet de sa luxure en la personne de la reine Gertrude, ne va pas défier son frère en duel – ce qui serait la façon honorable d'exprimer sa requête – ou même ourdir un complot régicide. Il profite plutôt du sommeil paisible du bon roi dans son verger pour lui soustraire vie et royaume. Pour ce qui est de Rosencranz et Guildenstern, Hamlet apprend qu'eux-mêmes sont les instruments de Claudius. C'est pour les expurger de leur médiocrité, eux qui se disaient ses amis, qu'il les envoie à leur mort en Angleterre. Si j'avais modifié le récit de Saxo Grammaticus afin qu'il soit conforme à l'une ou l'autre des situations que vous apportez à mon attention dans votre lettre, aurais-je réussi à faire vendre des places au Globe? Auriez-vous eu l'occasion, à votre époque, de lire et jouer ma pièce comme c'est le cas maintenant? Y aurait-il eu une pièce? Une scène à peine, un acte tout au plus et rideau! Non, vraiment, le drame d'Hamlet, prince du Danemark, repose sur un enchevêtrement d'événements qui mènent ultimement tous les personnages à leur perte. Je demeure votre dévoué, Wm. S. Je vous remercie, Maître, pour ces précieuses informations. Votre humble admirateur, G Lison |
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