| Lettre d'acceptation de William Shakespeare à l'Éditeur |
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| Stratford-Upon-Avon, Monsieur Dumontais, C'est avec un sentiment de joie et d'incrédulité que j'ai pris connaissance de votre demande. Je dois vous avouer que je me sens difficilement à la hauteur de la tâche: il y a si longtemps que j'ai pris ma plume que j'ignore si je suis encore en mesure de trouver la nécessaire inspiration. Ah, qu'il me tarde de chauffer les oreilles du vieux Ben Jonson! S'il n'avait fait de moi le «cygne d'Avon» je n'en serais pas là aujourd'hui! Comme Prospero, je croyais m'être défait de mon bâton magique et avoir renoncé pour toujours au monde des mots. Ma retraite à New Place auprès de ma femme me suffisait et le simple fait de m'occuper de mes investissements comblait le gros de mes journées. Aujourd'hui cependant vous venez me chercher dans cet abîme de silence où je me trouve et vous souhaitez me ramener à la lumière. Vous avez su trouver les mots qui ont bouleversé ma conscience, et c'est elle - Ô langue habile - qui a persuadé mon coeur de revenir sur sa décision première. J'accepte donc votre invitation et me soumettrai volontiers à l'exercice. Comme je l'ai déjà écrit jadis, l'important c'est d'être prêt! Je demeure pour toujours votre ami le plus dévoué, William Shakespeare |