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Tesslou
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Votre vie |
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| Comtesse,
Je suis très intéressée par vos oeuvres que je trouve géniales, ça me fait rêver. Mais j'aimerais connaître votre vie, vos enfants, votre mari... Enfin votre descendance! Que faisiez-vous à part l'écriture? Dans l'attente de vous lire, je vous dis à bientôt. Merci d'avance. Tess Chère Tess, Tu trouveras les réponses à la plupart de tes questions dans les lettres que j'ai déjà écrites. Comme tu dois déjà le savoir, je suis née en Russie, où j'ai grandi. Le Tzar Paul Ier, qui est mon parrain, avait mon père en haute estime, et a fait une grande partie de sa fortune. Les possessions des plus grands aristocrates français ne sont rien en comparaison de Voronovo, où j'ai grandi. Mon père n'a pas toujours été en bons termes avec l'Empereur, qui avait des crises de folie, et il a été évincé a plusieurs reprises. C'est cependant des années plus tard, lorsque Napoléon a envahi la Russie, que mon père a été rendu responsable de l'incendie de Moscou. Par la suite, je me suis convertie au catholicisme dans les circonstances que j'ai déjà racontées. Nous avons donc quitté la Russie pour nous installer en France, terre ennemie s'il en était. Je suis tombée amoureuse de Paris, de la Normandie et de mon mari. Notre mariage avait quelque chose d'extraordinaire: lui, neveu d'un aide de camp de Napoléon, et moi, fille de l'incendiaire responsable de la chute de l'Aigle... Mon père m'a par la suite offert pour mes étrennes, et comme cadeau d'adieu -mais je l'ai compris plus tard- le château des Nouettes, en Normandie. Il avait quelque chose qui m'avait plu, quelque chose de Voronovo. J'y ai élevé mes filles, mes fils m'ayant quittée à six ans pour être placés en pension. Ma famille était rentrée en Russie, mon mari n'avait d'yeux que pour Paris. Après la naissance de ma dernière fille j'ai été prise d'un mal étrange: je ne pouvais plus parler ni voir la lumière du jour. J'ai passé plus de dix ans presque constamment prostrée, et mes enfants m'ont ramenée à la vie. À mon grand désespoir, mon fils aîné est devenu prêtre. Il est parvenu, par sa douceur, à me faire accepter sa décision, et à me convertir. Mais je n'ai pas sa force, et j'ai longtemps pleuré ce jeune peintre en devenir que l'Église m'avait enlevé. Oh, nous sommes unis, nous sommes tous unis, mais nous savons que la politique et la religion nous déchirent. Nous le sentons malgré nous. Que dire du train-train d'une famille comme la nôtre ? On se marie à des hommes qu'on aime plus ou moins, on a des enfants... j'aime la vie, l'écriture, j'ai sans cesse besoin d'argent pour contenter les miens. J'ai trouvé le meilleur moyen d'allier les trois. Finalement, qu'aurais-je pu faire d'autre? Bien à vous, Sophie Rostopchine, comtesse de Ségur. |
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