Votre influence
       
       
         
         

pami_13@hotmail.com

      Chère Comtesse,

Je vous envoie cette lettre par profond respect pour vous. J'ai débuté la lecture à un très jeune âge et vos livres ont été les favoris de mon enfance! Quoi de mieux que de passer un bel après-midi à lire et plaindre la pauvre petite Sophie?

J'aurais une question à vous demander. Êtes-vous consciente de l'impact que vous avez sur les jeunes? Votre littérature est un très bel exemple pour les apprentis lecteurs... Pouvez-vous me parler de votre influence et de la voie que vous avez choisie pour écrire des romans d'enfants? Vous attendiez-vous à un tel impact?

Je vous prie, chère Comtesse, de répondre le plus tôt possible à cette lettre.

P.L.

 

       

 

       

Comtesse de Ségur

      Ma chère enfant,

Tu me priais de répondre le plus vite possible à ta lettre. Cependant, des événements familiaux très particuliers m'ont empêchée de m'atteler à la tâche. Me voici de retour et j'espère que tu sauras me pardonner.

Tu dis plaindre la pauvre Sophie. Je ne sais pas qu'en penser. Je dois t'avouer qu'au début je refusais de faire de même, car je la croyais excessivement et exceptionnellement méchante, orgueilleuse et égoïste. Cependant le temps a passé, et aujourd'hui j'admets que Sophie était simplement de ces petites filles malheureuses qui contrefont les mauvaises pour croire qu'il est légitime qu'on ne les aime pas.

Je ne sais pas si j'ai eu un grand impact sur les enfants et les jeunes; cependant je sais que certains de mes ouvrages ont beaucoup choqué les adultes. J'en suis souvent outrée car j'ai la sensation qu'il n'y a rien que de très vrai dans ce que j'écris. Et je suis d'autant plus colère quand on me fait l'affront de penser «Vous avez inventé cela; il n'est pas possible que les choses soient ainsi». Je n'écris que ce que je vois.

Je n'ai pas choisi de publier des romans, j'ai simplement répondu à la demande de mes trois aînées – je parle de mes petites filles – Camille, Madeleine et Élisabeth que tu as retrouvées dans mes livres. Le papa de Camille et Madeleine, qui est diplomate, a été envoyé en Angleterre il y a maintenant plus de quinze ans et elles m'ont demandé de rédiger les contes que j'avais inventés pour elles. Un ami de toujours, Louis Veuillot, m'a demandé le manuscrit et l'a montré sans même me prévenir à celui qui reste aujourd'hui mon éditeur. Comme tu le vois, je suis sans doute la personne la moins importante dans la genèse de la publication de mes livres!

J'espère que cette réponse, malgré mon retard, saura te satisfaire,

Comtesse de Ségur, née Rostopchine