Rémi B., Guillaume R., Nicolas K., Corentin M.,Quentin D., Mickaël G., Julien L.
écrivent à

   


La Comtesse de Ségur

     
   

Votre carrière

   

Madame la comtesse de Ségur,

Nous tenons à vous présenter toute notre admiration sur ce que vous avez fait tout au long de votre carrière. Nous avons lu beaucoup de vos livres avec étonnement. Cependant, nous aurions aimé être éclairés sur quelques points qui nous perturbent.

Tout d'abord, pourquoi vous êtes-vous inspirée de votre entourage pour la plupart de vos romans? Et est-ce que le fait de savoir que vous êtes la fille du gouverneur de Moscou a changé quelque chose dans votre comportement?

Nous avons lu plusieurs fois «Les Malheurs de Sophie» avec enchantement et nous nous demandons si la petite fille de l'histoire était vous dans votre enfance ou s'il s'agit d'une simple histoire fictive? Nous aurions aussi voulu connaître la raison qui vous a poussé à écrire de la littérature enfantine.

Nous tenons encore à vous féliciter pour toutes vos œuvres qui ont bercé nos enfances. Nous avons suivi toute l'évolution de votre carrière depuis votre arrivée en France et même lors de la naissance de vos huit enfants.

Nous vous remercions d'avoir pris le temps de lire notre lettre.

Toutes nos salutations distinguées.


Chers jeunes gens,

Permettez-moi tout d'abord de vous remercier pour les compliments que vous m'adressez et de vous féliciter pour vos questions, que je trouve à la fois pertinentes et complexes.

En ce qui concerne mon père, je vous dirai que son nom n'a pas toujours été facile à porter en France, et pas seulement parce qu'il est imprononçable: mon père a provoqué la chute de l'Empire, tout simplement. Il m'a aussi légué un accent à couper au couteau auquel les années ne changent rien et un certain sens de la colère qui en a terrorisé plus d'un.

C'est intéressant, ce que vous dites de mes livres.

Voyez-vous, ce sont les gens qui m'entourent qui prennent beaucoup de plaisir à croire que je m'inspire systématiquement d'eux, et je mets un point d'honneur, je vous l'avoue, à ne jamais les détromper. Il est vrai que je me suis en partie inspirée de ce que j'étais pour composer le personnage de Sophie, que j'ai adoré Camille et Madeleine au point d'en faire mes héroïnes, soit, soit, soit! Pour le reste, j'aime observer les gens, comprendre leur fonctionnement et rire de leurs travers. Je me plais à parler des miens et à écrire pour les enfants exactement pour les mêmes raisons, et elles vont vous étonner: compte tenu de ma position, c'est ce que j'ai trouvé de plus facile. Je suis âgée, mon fils aîné est prêtre, mes gendres sont en politique: pensez-vous qu'il eût été convenable de me voir écrire des romans? Qu'une grand-mère écrive pour ses petits-enfants et déjà les critiques se font moins vives et moins pressantes: tout le monde trouve cela normal, plus personne ne s'interroge.

En toute modestie, je crois m'être parfaitement débrouillée.

Bien à vous,

Sophie Rostopchine, comtesse de Ségur