Clara Baraud
écrit à

   


La Comtesse de Ségur

     
   

Une lettre pour vous

   

Chère Sophie Rostopchine,

Étant donné que depuis fort longtemps, je lis et dévore tous vos livres avec passion, j'ai décidé de vous écrire. Je me nomme Clara Baraud et je vis au cœur de la ville de Bordeaux. Magnifique ville n'est ce pas?

Saviez-vous que je connais énormément de chose a votre sujet? Quasiment tout, enfin presque. Par exemple vous êtes née à Saint-Pétersbourg. Après tout, je ne vais tout de même pas vous raconter votre propre vie! Cela serait d'une sottise! A vrai dire, j'ai comme l'impression de vous connaître depuis toujours. Même si je ne vous ai jamais vue ni touchée.

Parlons de votre roman (« Les Malheurs de Sophie »), qui m'ont suivie toute mon enfance. Grâce à votre talent d'écriture, je me suis comme reconnue dans ces bêtises et dans son rôle ou plutôt le vôtre car, paraît-il, le personnage de Sophie a beaucoup de points en commun avec vous: vous avez eu une enfance difficile avec une mère extrêmement sévère (Catherine Protassov) Est-ce la vérité?

Mais je vous envoie surtout cette lettre pour vous donner un peu de courage. Cependant je constate que chaque personnage fait partie de votre entourage.

Sur ce, au revoir très chère comtesse, je voulais simplement vous encourager à continuer d'écrire pour nos futures générations et moi- même! Je vous aime pour la plume qui est entre vos mains.

Votre petite Clara de douze ans.

P.S.: je vous prie de m'écrire dès que l'inspiration viendra.


Ma chère petite Clara,

Il m'arrive parfois d'avoir ce même sentiment de proximité, comme si un lien indéfinissable nous unissait alors même que la vie ne nous a pas permis de nous connaître.

Pour ce qui est de mon enfance, je ne suis pas bien certaine que l'on puisse la qualifier de difficile. Elle l'était en tout cas beaucoup moins que celle des enfants de nos serfs, sur lesquels mes parents avaient, de fait, le droit de vie et de mort. Eux étaient à plaindre. Nous, non. Crois-moi, je serais très aigrie si je pensais autrement. Que j'aie souffert, c'est possible, mais tous les enfants souffrent en apprenant comment pouvoir être heureux. Nous vivions dans un château extraordinaire et nous ne le savions pas, parce que nous n'avions jamais rien connu d'autre.

Ma mère détestait la maternité. C'était une intellectuelle, et je pense que la vie que nous menions, la nécessité dans laquelle elle se trouvait de n'être que l'ombre de mon père lui pesaient terriblement. Elle avait perdu sa mère très tôt et ne savait rien -mes tantes non plus, du reste- de la façon dont il convient de se comporter face à des enfants. Nous la déstabilisions, je crois, et elle nous terrorisait. En grandissant, j'ai appris à mieux la connaître, mais il m'a fallu beaucoup de temps pour ne plus la craindre.

À bientôt,

Sophie Rostopchine, comtesse de Ségur