Souvenirs d'enfance |
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| Quelle joie de vous retrouver après tant d'années. Que sont devenus: Sophie et les Petites filles modèles, François Le bossu, Rodolphe et tant d'autres, qui m'ont fait tant rire et pleurer lorsque j'étais une enfant? Le Général Dourakine est-il toujours de ce monde? Vous m'avez tant donné l'envie de lire, je dévorais tous vos livres mais mon préféré était «Après la pluie le beau temps». Ha!!! Nostalgie quand tu nous tient! S'il vous plaît, donnez-moi des nouvelles de mes amis qui m'ont accompagnée le temps de mon enfance. Faites-moi encore rêver. Régine (une ex petite fille) |
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| Paris, 22 septembre 1872 Chère Madame, Eh bien, que de courrier en si peu de temps! Serais-je passée à la postérité? Je n’en vaux certes pas la peine, mais c’est une question que chaque auteur, même ceux qui n’écrivent que pour amuser la jeunesse, se pose un jour. Mes chères petites filles modèles ont à présent vingt-quatre et vingt-trois ans. Camille est mariée, elle a un petit garçon, Paul. Il a trois ans, est charmant et présente toute la beauté et la bonté de sa mère. Madeleine parle parfois d’entrer en religion; cependant je suis sûre qu’elle trouvera un homme digne d’elle – c’est-à-dire exceptionnel. Quant à Sophie, elle est bien vieillie. Elle a parfois des airs de tigre dévorant mais reste béate d’admiration devant tout être humain ne dépassant pas les cent trente centimètres. François a épousé sa Christine. Ils sont heureux et le méritent. Il y a malheureusement d’autres Christine, d’autres François qui ne se sont pas encore trouvés et -c’est le pire- bien d’autres mauvaises mères. Quant au général Dourakine, il est mort dans les bras du bon curé, bien que leurs relations aient été un peu tendues! J’avais écrit Dourakine par amour de ma Russie natale. Après avoir un peu visité notre beau pays, je m’y suis cependant accoutumée. J’ai trop de morts là bas: laissons les tombes et regardons vers le ciel, les paysages qui nous entourent et ceux qui sont parmi nous! Après la pluie est d’une certaine façon mon préféré: le plus abouti peut-être, peut-être aussi celui qui, grâce à une petite notoriété, m’a permis de m’exprimer le plus librement. Sans doute aussi l’un des plus drôles. Chère Melle Primerose! J’ai été, Madame, ravie de recevoir votre lettre. À présent, permettez que je vous laisse; mon petit Jacques (il déteste que je l’appelle encore «mon petit» mais m’appelle toujours Nénay: je n’ose vous demander laquelle des deux expressions est la plus vexante pour l’autre! Mais je l’aime tellement…) va venir me rendre visite. |