Julie Hivre
écrit à

   


La Comtesse de Ségur

     
   

Rêve d'auteur

   

Bonjour madame la comtesse,

Je suis vraiment ravie de vous parler.

Depuis ma plus tendre enfance, je lis tous vos livres. Mon préféré est «Les malheurs de Sophie». J'ai eu l'honneur d'écrire un texte sur votre gloire intitulé «Douce Sophie». Je rêve de devenir un jour écrivain pour enfants, tout comme vous.

Je lis actuellement une biographie de vous écrite par Hortense Dufour. Je la trouve fantastique. En tout cas, votre mère était atrocement méchante et cruelle. Que pensez-vous de son comportement? Dire qu'elle osait donner à ses perroquets favoris des colibris vivants pour qu'ils les mange! Et qu'elle s'est même amusée du décès de votre belle-sœur Eudoxie et bien d'autres choses encore! J'ai été épouvantée en lisant ça. Est-ce que vous aussi vous l'avez été? je m'estime heureuse de n'avoir jamais eu une mère comme la vôtre. Dieu m'en préserve!

Gardez-vous toujours contact avec vos frères et sœurs? Si non, pourquoi? Quel est votre plus beau souvenir d'enfance? Quand vous étiez enfant, quelle était votre bêtise préférée?

Bien cordialement,

Votre admiratrice Julie.

P.S.: j'aime beaucoup aussi le roman de Léon Tolstoï, «Guerre et Paix». Désolée qu'il vous ait rendue malheureuse et malade. Voilà, je pense avoir tout dit. Au plaisir de vous reparler.


Chère Julie,

Je suis assez épouvantée de ce que tu me dis de cette biographie. Je crois qu'il y a des secrets qui ne devraient jamais sortir des familles dans lesquels ils germent et pourrissent... Mais au fond, je ne suis sans doute pas la moins fautive.

Ma mère n'était pas méchante. Elle était brillante, brillante et affreusement aigrie d'être née trop tard pour connaître une cour avec autant d'esprit qu'elle. Sa conversion religieuse lui a appris à se détacher de tout ce à quoi elle tenait... À commencer par nous. En ce qui concerne ma belle-sœur, je crois qu'elle devait la détester beaucoup. Elle était née trop tard pour être l'égérie de la cour de Catherine II, trop tôt pour être une poétesse reconnue comme Eudoxie. Eudoxie était jolie, douée, admirée de beaucoup -et avec raison. Ma mère, j'en suis persuadée, aurait dans sa jeunesse donné tout l'or du monde pour cette vie-là.

Il ne me reste plus aujourd'hui que mon frère André, que j'ai eu la chance de revoir à plusieurs reprises. Nos relations sont bien meilleures qu'avant; c'est peut-être le lot de ceux qui restent.

Mon plus beau souvenir d'enfance: la neige sur la folie hollandaise de Jourievo, à Voronovo où nous habitions, et mon frère patinant sur le lac. Ma bêtise préférée: disons que je connais des détails très intéressants et pratiques sur l'art et la manière d'agir seul ou en groupe en milieu surveillé contenant de la nourriture.

Quant à Tolstoï... Ma foi, avec les années, je te dirais que c'est un beau roman. Mon père est un grand homme; il est naturel qu'il ait eu des ennemis.

Bien à toi,

Sophie Rostopchine, comtesse de Ségur



Rebonjour Madame la comtesse,

Cela me fait un grand plaisir de vous reparler.

J'ai fait des recherches sur le net à propos de vos ancêtres. Il n'y a qu'un élément manquant : quels étaient le prénom et nom de famille de votre grand-mère maternelle? Au revoir et merci d'avance.

Votre admiratrice

Julie HIVRE



Chère Julie,

Ma grand-mère maternelle se nommait -comme l'aînée de mes tantes- Alexandra (Ivanovna) Protassov. Elle est morte très peu de temps après la naissance de sa dernière fille. Ma mère et ses sœurs ont été élevées au Palais d'Hiver par leur tante, Anna Stepanova Protassov.

À bientôt,

Sophie Rostopchine, comtesse de Ségur.