Quelle oeuvre!
       
       
         
         

pucki@voila.fr

      Chère Comtesse,

Je prends cette chance unique de pouvoir vous écrire pour vous dire à quel point j'admire votre oeuvre! Elle a bercé mon enfance et je ne compte plus les après-midi que j'ai passés à lire et relire vos livres... Ils sont pleins d'humanité et je pense que votre oeuvre est tout à fait intemporelle.

Je pense que vous seriez un peu choquée aujourd'hui de voir la libération de notre société! Les femmes travaillent, et ont les mêmes droits que les hommes sous tous les plans, et je pense que c'est une belle évolution. Un jour, j'irai visiter votre château des Nouettes, j'espère, et j'ose espérer que vous serez mon guide!

Votre éternelle admiratrice,
Pucki

 

       

 

       

Comtesse de Ségur

      Madame,

Je voudrais tout d'abord vous remercier pour ces compliments que je continue de croire immérités en ce qui concerne mes petits ouvrages. Cependant le nombre de lettres que je reçois avec un immense plaisir de la part des lecteurs de Dialogus m'incitent à croire que je plais toujours aux enfants, et cela me rassure.

Vous me dites que je serai très étonnée de voir votre siècle, en ajoutant «les femmes travaillent». À mon tour de vous demander quelle idée vous avez du mien! Qu'elles soient paysannes, domestiques, institutrices ou tout simplement mères, les femmes autour de moi travaillent, et elles travaillent beaucoup! Mais ce que je puis observer de la nature humaine me fait penser qu'il y a, à toutes les époques, des gens oisifs et sans grand intérêt qui se plaisent à vivre de leurs rentes sans s'occuper de leurs semblables. D'autre part, je ne sais que penser de ce que vous me dites en matière de droit. Vous savez, en droit l'on dit des choses que l'on n'applique pas en fait et, ma foi, je n'arrive pas à croire que les hommes aient tout oublié de nos propres moeurs. Il est des moments où la raison, si juste soit-elle, est rattrapée par la tradition, et j'en sais quelque chose.

N'hésitez pas à m'écrire encore, je vous lirai avec toute l'affection due à l'une de mes anciennes petites lectrices.

Comtesse de Ségur, Née Rostopchine