Quelle inspiration! |
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| Chère Comtesse de Ségur, Depuis longtemps je voulais vous parler mais malheureusement je ne le pouvais pas. J'ai lu plein de vos livres et je les trouve géniaux!!! mais d'où vous vient cette merveilleuse inspiration???? Comment avez-vous fait pour faire ces magnifiques histoires???? Je vais vous laisser. Alexandra 12 ans |
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| Paris, ce premier septembre 1872 Chère enfant, Tu me demandes où je puise ainsi mon inspiration. Eh bien! Je ne dirai pas que tout est vrai, ce serait mentir, mais tout est inspiré de moments de ma vie. Mon père, le Comte Rostopchine, m'avait acheté un petit château en Normandie, les Nouettes. Je l'ai depuis revendu. Je n'y puis pas vivre sans Camille, sans Madeleine. Pour être franche, il m'est impossible de vivre sans enfants autour de moi. Ce sont eux qui m'inspirent. Tout ce que je vois autour de moi, comment ils se conduisent, leur intelligence, leur espièglerie, leur naïveté, tout ce qui fait qu'ils aiment et qu'ils sont aimés, tout cela est matière à écriture. Pour les autres personnes, je m'inspire beaucoup des gens que je rencontre ou dont on me parle. Elisa, par exemple, existe vraiment, c'était la bonne de Camille et Madeleine: une femme charmante, une servante exemplaire. Même si les petites ont grandi, elles sont encore très liées. J'ai connu des Miss Albion - Camille te dirait que j'ai une aversion pour l'Angleterre, ce qui est sans doute vrai! - des cheminots, des Castelsot... j'ai connu des personnes charmantes et d'autres horribles, aussi il y en a dans mes livres de toute sorte et de toute condition. Et pour les évènements... eh bien, de la même façon que pour les adultes, je crois n'avoir pas beaucoup de choses à inventer. Dialogus me dit que certaines personnes estiment qu'il y a trop de violence dans mes livres. C'est une erreur. Si je n'avais pas connu cette violence, je ne l'aurais pas racontée. Et si les petits enfants, eux, ne trouvent pas mes livres violents, c'est parce qu'ils savent que des collégiens peuvent tenter de noyer un camarade dans une piscine et que des mères peuvent battre leurs enfants jusqu'à les faire saigner, ou les humilier d'une façon terrifiante. Pour la petite Sophie, ne mentons pas: je ne suis pas partie en Amérique, ni n'ai eu de belle-mère. Mais j'ai eu une mère plus terrible encore que Mme Fichini, et si tous les châtiments que je raconte sont rigoureusement authentiques, j'ai pourtant choisi les moins cruels. Quant au voyage en Amérique, il faut l'expliquer: je suis venue en France en pensant que ce serait le pays le plus merveilleux du monde, et j'en suis tombée amoureuse. J'avais treize ans quand, une nuit, j'ai du quitter la Russie. Je n'y suis jamais retournée. Je sais les petits paysans qui partent de leur village pour trouver du travail et les enfants qui meurent noyés dans les marais, des enfants gâtés, des petits diables et de vrais anges. Je sais des choses heureuses, des choses tristes et vraies. Et même si Sophie était une enfant horrible, je continue de croire qu'on s'y attache. Tu vois, même si je n'ai pas beaucoup voyagé, j'ai connu assez pour pouvoir amuser la jeunesse; tu montres qu'on me lit encore et que l'on continue de m'aimer. Mon enfant, je suis ravie d'avoir reçu ta lettre. Aime tes parents qui sont sans doute plus présents que ceux que j'ai pu connaître, emploie ton temps à faire de belles choses, sois aimable et fidèle. C'est tout ce que te souhaite une vieille dame qui a eu bien plaisir à te lire, Comtesse de Ségur, Née Rostopchine |