Annab
écrit à

   


La Comtesse de Ségur

     
   

Quelle chance vous avez eue...

   

Bonjour madame la comtesse,

Vous avez bercé mon enfance, et vous me bercez encore, je dois dire -c'est pourquoi je me permets de m'adresser à vous comme à une personne familière, qui pourra me réconforter.

Voilà plusieurs mois que mon ami et moins tentons d'avoir un enfant; en vain, et je ne peux m'empêcher de penser à vous qui en avez eu tant. Quelle chance vous avez eue! Je me demande ce qui fait que certains sont comblés dans leur désir de parentalité, et d'autres… C'est la vie, il faut bien s'y faire et ne pas désespérer. Toutes ces familles heureuses que vous avez décrites sont ce qui me donne du coup courage: c'est ce genre de famille que je veux fonder un jour. Que dire alors? Et surtout que faire? Je pense au début de «La Belle au bois dormant»: «un roi et une reine qui désiraient beaucoup avoir un enfant» et je comprends toutes les démarches, toutes les alliances que les reines de contes de fées font pour avoir un enfant à elles; je ferais la même chose si cela m'était possible. Cela m'apaise de vous écrire. Rien que le fait de savoir que vous me lirez me réconforte.

Merci de m'avoir écoutée.

Bien à vous,

Annab.



Chère Annab,

C'est toujours un grand malheur pour une jeune femme de ne pas parvenir à être une jeune mère. Vous avez cependant la chance d'avoir un ami qui ne vous accuse de rien et qui vous ménage. Les hommes sont rarement comme cela, et il leur est souvent difficile d'admettre que la difficulté peut ne pas venir de leur femme, à qui ils font parfois mille injures. Votre union vous apporte le bonheur et elle fera de vous d'excellents parents. Je sais que les difficultés que vous éprouvez depuis de nombreux mois vous ébranlent. N'oubliez cependant pas que s'il y a des rois et des reines qui désirent beaucoup avoir un enfant, il y a aussi des enfants qui, de tout leur cœur, souhaiteraient avoir des parents. Pour vous parler franchement, j'ai moi-même vécu plus de grossesses que je n'en ai désiré, mais lorsque mon neveu s'est trouvé orphelin et sans avenir, je l'ai fait venir en France et je l'ai élevé. Je peux donc vous assurer que, quoiqu'on ait parfois du mal à envisager de pouvoir faire nôtre un enfant qui a eu des parents et une histoire en dehors de nous, l'amour qu'on ressent pour lui et qu'il ressent pour nous suffit bientôt à combler toutes les distances.

J'espère de tout cœur que vous aurez bientôt la chance d'avoir un enfant. Les miens m'ont fait découvrir la raison de mon existence.

Bien à vous,

Sophie Rostopchine, comtesse de Ségur