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Aurelia18000@aol.com |
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Quel amour d'enfant! |
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Je vous écris, très chère comtesse, pour vous parler d'une petite fille inspirée dans votre roman de votre petite Gisèle qui me ressemble. Car oui, comme elle je n'ai pas très bon caractère et j'ai été très gâtée. Ma grand-mère me disait souvent: «quel amour d'enfant» et quand j'ai lu votre roman sur votre petite Gisèle qui faisait du tort à ses parents et à sa famille, je me suis un peu reconnue. Heureusement que Gisèle va s'assagir et rencontrer un homme qui va la rendre heureuse. Et j'espère que je deviendrai aussi douce et assagie que Gisèle. Merci pour toutes ces histoires qui nous font encore rêver. Amicalement à vous, chère comtesse. Ma chère enfant, Que tu aies conscience de tes torts, c'est une très bonne chose et c'est en comprenant ce que l'on fait de mal que l'on parvient à se corriger. J'espère que tu as dans ton entourage une bonne personne comme Mme de Montclair qui t'encourage et te soutient quoi qu'il arrive. N'oublie jamais que tous les torts ne sont pas du côté de Gisèle: c'est parce qu'elle le sait qu'elle a pu s'en sortir et comprendre que tout en elle n'était pas mauvais, bien au contraire. Gisèle est malheureuse avant d'être méchante, je dirai même qu'elle est méchante parce qu'il n'y a pas de bonheur dans sa vie. Prends bien garde aux hommes. La plupart d'entre eux sont des coureurs de dot; ils attirent de pauvres jeunes filles bercées d'illusions sur les réalités de la vie, leur promettent monts et merveilles et finissent par les ruiner sans aucun scrupule, en les gardant sous leur coupe après leur avoir fait un ou deux enfants. Fais bien attention de trouver un homme qui t'aimera vraiment, pour ce que tu es, un homme qui soit bon, affectionné avec toi mais aussi généreux par ailleurs. On ne prévient jamais assez les jeunes filles sur l'horreur des hommes. Pourtant, je t'affirme, moi, que sur dix hommes que Dieu rappelle à lui, cinq fameux spécimens partent tout droit pour les enfers, quatre autres se hissent péniblement jusqu'au purgatoire et un seul, celui-là qui aime et est aimé, atteint le paradis. Tu vois bien que, malgré tout le bonheur que je te souhaite, nos chances sont minces. Les maris sont des drôles que Dieu nous envoie pour gagner plus sûrement le bonheur éternel. Fais bien attention à ton orthographe, qui est hésitante. J'avais la même auparavant, aussi tu vois qu'avec quelques efforts tu pourras t'améliorer, de la même façon que ton esprit. Pour moi, ma chère petite, je t'ai trouvée pleine d'affection et très agréable. Au plaisir de te relire, Sophie Rostopchine, comtesse de Ségur. |
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