Plusieurs questions |
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| Bonjour, Je me présente, Aurélie, et je fais un travail sur la comtesse. Je dois faire une entrevue. J'espère que vous accepterez de répondre à mes questions. Pendant combien d'années la comtesse a-t-elle écrit des livres? D'où lui est venue cette passion d'écrire? Faisait-elle un métier avant? Si oui, lequel? Combien d'enfants étaient-ils chez elle? Comment se prénomment ses enfants? Est-ce difficile d'écrire tant d'histoires? D'où venait toute cette inspiration pour écrire les livres? Pourquoi écrit-elle des livres pour enfants? Merci beaucoup. J'espère que vous saurez répondre à mes questions assez vite. Merci de votre compréhension. Mes sincères salutations, Aurélie |
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| Bonjour Aurelie, Je ne suis pas Jules César, aussi vous pouvez sans crainte me parler normalement! J'ai su par Dialogus ce qu'était une «interview» - je vous avoue que la langue anglaise m'est totalement inconnue. Voici donc vos questions et mes réponses: 1° Pendant combien d'années avez-vous écrit des livres? Mon premier ouvrage, La Santé des enfants, qui n'est pas un roman, bien entendu, mais qui s'adresse aux mères de familles, a été publié en 1855. Quant à mon dernier roman, Après la pluie le beau temps, il est paru en 1871. Je précise cependant, si vous voulez savoir à partir de quel moment j'ai commencé à écrire pour les enfants, que les nouveaux contes de fées ont été rédigés en 1857. 2° D'où vous est venue cette passion d'écrire? J'ai toujours beaucoup aimé la littérature. Cependant comme je vous l'ai dit, mon premier ouvrage s'adresse aux mères de famille. Il y a tellement d'épidémies, de maladies qui peuvent coûter la vie à nos enfants! Quant aux romans, je les ai écrits pour des raisons purement pratiques: quand mon gendre Paul de Malaret a été envoyé en Angleterre - il est diplomate - j'ai promis à mes petites-filles, Camille et Madeleine, que je rédigerais pour elles des contes que j'ai inventés et dont elles avaient raffolés. J'avoue y avoir pris beaucoup de plaisir et j'ai décidé de continuer. 3° Faisiez-vous un métier avant? Si oui, lequel? J'étais femme et mère. Cela veut dire qu'il fallait que j'assiste à beaucoup de réceptions, que j'invite chez moi, que je fasse honneur à l'importante famille de Ségur dont je porte le nom par mon mariage. J'avoue que cela m'a toujours pesé. Je n'aime pas le monde, la campagne me sied bien mieux. J'étais mère. Bien que mon mari ait décidé d'envoyer mes fils en pension, j'ai réussi à garder mes filles près de moi et je les ai élevées. Je suis mère, j'ai été institutrice, éducatrice, amie et confidente. 4° Combien d'enfants étaient-ils chez vous? La famille Rostopchine comptait 7 enfants, je suis la troisième. Il y a eu Serge, mort en héros; Nathalie qui a épousé le comte Narychkine; moi, Sophie; Marie et Paul, qui sont morts enfants; Lise, qui est morte à seize ans, et enfin André. 5° Comment se prénomment vos enfants? J'ai eu huit enfants: Gaston, qui est prêtre; Renaud, mort à deux mois; Anatole, comte de Ségur depuis la mort de mon mari; Edgar, vicomte de Ségur-Lamoignon; Nathalie, épouse de Paul de Malaret qui a été dame de l'Impératrice; Sabine qui est entrée en religion et morte il y a plusieurs années; Henriette, sa jumelle, qui a épousé Armand Fresneau, le député et enfin Olga, mariée à Emile de Pitray. 6° Est-ce dur d'écrire tant d'histoires? Pas du tout! J'ai peu voyagé mais connu beaucoup de choses. Parfois mon éditeur m'impose des thèmes - ce fut le cas pour La Fortune de Gaspard - mais j'ai toujours pris grand plaisir à écrire. J'aime les enfants, j'aime leur faire plaisir et c'est avant tout pour cela que j'écris. J'ai pour eux une affection sans bornes, un amour sans limites. Cependant j'ai décidé d'arrêter tant pour ma santé qu'à cause d'évènements familiaux. 7° D'où vous vient cette inspiration pour écrire tant de livres? Vous savez, j'ai eu sept frères et soeurs, huit enfants, j'ai maintenant dix-neuf petits-enfants et même deux arrière-petit-fils. J'ai vécu des dizaines d'années à la campagne, je connais les villageois d'Aube et de l'Aigle autant que les plus prestigieuses familles parisiennes. J'ai connu des mères, des mères qui battaient leurs enfants jusqu'à plus soif, des pensionnats abominables. Il y a tant à dénoncer mais aussi tant à voir, à lire, à découvrir, à aimer, que je n'ai jamais eu aucun mal à écrire. 8° Pourquoi écrivez-vous des livres pour enfants? Tout simplement parce que les enfants ne m'ont pas déçue. Il y a des centaines de romanciers, des gens très talentueux qui écrivent pour les adultes des choses magnifiques. Pour moi, je crois qu'il est préférable pour les enfants de lire des choses réelles et de connaître le monde plutôt - excusez-moi de ce que je vais dire - que de lire des berquinades. Les gens ne sont pas naturellement gentils ou méchants: ils sont avant tout heureux ou malheureux, compris ou incompris et surtout aimés. Les enfants savent cela. Je crois qu'on doit leur faire comprendre qu'il y a de bons et de mauvais parents et que, même s'ils doivent respecter, ils doivent aussi pardonner. Et pour pardonner, il faut savoir que ce qui a été fait est mal. Ainsi Sophie pardonne à Mme Fichini, ainsi elle comprend que sa belle-mère a été malheureuse et que c'est par le malheur qu'elle est devenue violente et dangereuse. Je crois qu'on ne doit jamais se faire d'illusions sur ses parents ni en donner aux enfants qui en ont naturellement bien assez. J'ai été ravie de répondre à vos questions. Si vous en avez d'autres, n'hésitez pas. Que Dieu vous bénisse, Comtesse de Ségur, Née Rostpchine. |