| Brutus | ||
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| Moralisme et antiféminisme | ||
| Pourquoi ce moralisme lourdingue? Des petites filles modèles aux malheurs de Sophie, on ne lit que des histoires de mauvais diables, punition et repentance. Difficile de considérer ces histoires autrement que comme du lavage de cerveau à destination de la jeunesse (surtout féminine, histoire de bien lui faire comprendre que son rôle principal dans la vie se borne à la figuration, la douceur et la charité chrétienne). Brutus Monsieur, «Les Petites Filles Modèles» et «Les Malheurs de Sophie» sont mes deux premiers romans. Je vous engage à en lire d'autres, et notamment ceux que je réserve aux enfants plus grands, comme «La Fortune de Gaspard» ou «Après la Pluie, le beau temps». Vous vous en ferez peut-être une idée bien différente. Croyez-vous vraiment que mon désir, en écrivant, soit de «laver le cerveau de la jeunesse»? J'ai mieux à faire, figurez-vous! Pour en revenir aux «Petites Filles Modèles», je vous répondrai par une question: que serait devenue Sophie si elle n'avait pas été prise en charge et élevée par Mme de Fleurville? Elle aurait été perdue, Monsieur, tout simplement. Il n'y a rien de plus nécessaire que cette figuration-là. Si vous pensez qu'une veuve de trente ans, qui a deux enfants et un domaine à charge, qui met sa fortune au service des plus pauvres et qui choisit d'adopter une enfant qui semble ne savoir que détruire les autres et se détruire elle-même est une personne faible, c'est que vous vous faites une bien mauvaise idée des femmes. En réalité, je vous l'avoue, je pense que les femmes valent cent, mille fois plus que la plupart des hommes, précisément parce qu'elles ont cette charité, ce sens moral, ce souci des autres, cette droiture qui font bien souvent défaut à votre sexe. Mais à vos yeux, ce sont sans doute des qualités bien secondaires... Bien à vous, Sophie Rostopchine, comtesse de Ségur |
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