Jacques Offenbach
écrit à

   


La Comtesse de Ségur

     
   

Merci de votre visite

    Paris, le 5 mai 1867

Chère amie,

Je vous ai aperçue dans une loge, hier soir, aux Variétés: vous êtes donc venue, vous aussi, assister à ma «Grande-Duchesse de Gerolstein» et  vous m'en voyez honoré.

Á vos pieds, chère comtesse,

Votre dévoué

Jacques Offenbach

Cher ami,

Votre Grande-Duchesse, au triomphe plus que mérité, m'a causé bien des joies et bien des rires. Je ne tiens plus guère au monde, mais vous connaissez mon amour impérissable du spectacle et de la légèreté. Mademoiselle Schneider était époustouflante. Je n'aime pas les moeurs des actrices, mais celle-ci chante tellement bien que l'on voudrait tout lui pardonner... Je crois vous voir jouer dans tous les théâtres de Paris! Quels bonheurs nous préparez-vous encore?

Puissiez-vous triompher au nez et à la barbe de ceux qui ne supportent ni qu'on rie ni qu'on aime.

Sophie Rostopchine, comtesse de Ségur

Chère Comtesse

Combien avez-vous raison! Il me semble que l'on ne sait plus rire, ni s'amuser. Irez-vous voir mon «Robinson Crusoé» à l'Opéra-Comique? J'y ai mis des choses charmantes qui ne vous déplairont pas, je gage!

Paris voit effectivement beaucoup d'affiches porter mon nom: «La vie parisienne» au Palais-Royal, «La grande duchesse» aux Variétés, «Geneviève de Brabant» aux Menus-Plaisirs, «Orphée aux Enfers» aux Bouffes. Dame! Il fallait bien cela pour l'Exposition universelle!

Vous êtes vous d'ailleurs rendue à cette exposition, bien que vous ne teniez plus au monde? Il y a des choses fort amusantes! Et quelques petites choses qui font s'extasier nos contemporains, mais qui ne laissent pas de m'effrayer. Par exemple, ma Prusse natale présentant ses canons... Ils méditent un coup, je ne sais pas pourquoi je pense cela, mais j'en suis presque persuadé. peut-être me fais-je des idées? Il me semble entendre un bruit de bottes... Tenez! Un bruit de bottes! Ne serait-ce pas une bonne idée de mélodie? Je vais voir avec mes amis Meilhac et Halévy pour qu'ils me mettent ça dans un livret prochain! J'ai déjà même une mélodie en tête, je vais la noter de ce pas!

Je vous laisse, chère amie, en vous assurant de mon entière admiration pour vous.

Ma porte vous est toujours ouverte.

Je reste votre dévoué,

Jacques Offenbach

Cher ami,

Votre grande-duchesse, au triomphe plus que mérité, m'a causé bien des joies et bien des rires. Je ne tiens plus guère au monde, mais vous connaissez mon amour impérissable du spectacle et de la légèreté. Mademoiselle Schneider était époustouflante. Je n'aime pas les mœurs des actrices, mais celle-ci chante tellement bien que l'on voudrait tout lui pardonner! Je crois vous voir jouer dans tous les théâtres de Paris! Quels bonheurs nous préparez-vous encore?

Puissiez-vous triompher au nez et à la barbe de ceux qui ne supportent ni qu'on rie ni qu'on aime.

Sophie Rostopchine, comtesse de Ségur