Madame de Rosbourg
       
       
         
         

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      Chère Madame, 

C'est avec un réel plaisir que je vous écris car vos livres ont bercé mon enfance. Je les ai lus et relus et mes filles les découvrent maintenant. J'ai une tendresse particulière pour les «Petites filles modèles», chez qui la pauvre Sophie trouve refuge. À ce sujet, j'aimerais savoir qui est vraiment Madame de Rosbourg. Je me demande en effet si ce n'est pas l'amie, la confidente que vous auriez aimé avoir vous-même. Est-ce que je me trompe?

Je vous laisse non sans vous avoir précisé que j'ai chez moi une vraie petite Sophie de Réan! Malicieuse, menteuse, imaginative, tendre, égoïste, coléreuse etc...

Bien à vous, 

Dominique

 

       

 

       

Comtesse de Ségur

      Madame,

Je ne saurai vous témoigner assez d'affection pour les éloges que vous me faites. Je suis en effet charmée de savoir que mes petits romans trouvent encore des lecteurs pour les apprécier.

J'avouerai ensuite que votre question me trouble. Il est possible en effet que j'aie vue dans Madame de Rosbourg et sa fille Marguerite des compagnes pour mes filles et pour moi dans une période de notre vie où nous fûmes relativement isolées. Mon mari en effet demeurait à Paris, je restai avec mes filles, mes fils ayant malheureusement été placés au collège. Il est vrai que Madame de Rosbourg et Madame de Fleurville sont deux femmes qui ont beaucoup souffert et qui tâchent de trouver un bonheur certain dans l'enfance et l'éducation. Madame de Rosbourg, c'est aussi une personne qui partage les idées de son hôte sur l'éducation et la manière de traiter les enfants. Bien que ce soit un peu plus courant à l'heure où je vous parle, c'était à l'époque rare. Madame de Rosbourg n'est pas une autre Mme de Fleurville, toutes deux ont des histoires très différentes. Je crois cependant qu'elles ont une force commune qui leur permet de traverser les lourdes épreuves que sont les affaires et la gestion d'un domaine.

La publication des «Petites filles modèles» m'a été très pénible. Je ne saurai vous dire combien j'ai dû me battre pour ne pas renoncer à la nature des personnages, et de Mme Fichini particulièrement. Mes éditeurs refusaient de croire qu'elle pouvait être un personnage réel, une mère. Sans vouloir dénigrer cet auteur, je pense cependant que mes mères ne sont pas celles de Berquin. Elles peuvent être mauvaises, méchantes, maltraiter leurs enfants et les battre à outrance. Ces mères là existent, je n'ai fait que les écrire. Je me suis cependant obligée à supprimer une scène assez violente entre Mme Fichini et Sophie.

Je vous suis, Madame, extrêmement reconnaissante et j'espère que si votre fille est Sophie, vous ne serez jamais pour elle qu'une Mme de Fleurville douce, vertueuse et tendre, et que vous ne la battrez jamais.

Comtesse de Ségur, née Rostopchine