Claire
écrit à

   


La Comtesse de Ségur

     
   

Madame de Réan et madame de Fleurville

   

Chère comtesse de Ségur,

J'aime beaucoup votre trilogie de Fleurville et j'aurai quelques questions à vous poser à ce propos.

Je trouve le personnage de madame de Réan (la mère de Sophie) à la fois intéressant et ambigü. Dans «Les malheurs de Sophie», je la trouve froide avec sa fille en tout cas peu affectueuse et maternelle par rapport à madame de Fleurville dans «Les petites filles modèles» et «Les vacances». Ma question est sans doute stupide mais aimait-elle Sophie autant que madame de Fleurville? Je vois madame de Réan comme une jeune mère qui n'avait peut-être pas la maturité pour avoir et aimer un enfant et que, de ce fait, elle était peu maternelle, ce qui ne veut pas dire qu'elle n'aimait pas sa fille, bien sûr. Ai-je tort? Selon moi, dans «Les petites filles modèles» et «Les vacances», Sophie idéalise sa maman car elle lui manque et que madame Fichini l'a beaucoup fait souffrir et je pense que madame de Fleurville est une meilleure maman pour Sophie que madame de Réan.

De plus, j'aimerais savoir quel est le prénom de la maman de Sophie et également si Sophie, Marguerite, Camille et Madeleine sont issues de la noblesse d'Ancien Régime ou d'Empire.

Merci beaucoup de me répondre.

Bien sincèrement,

Claire


Chère Claire,

Laissez-moi tout d'abord vous dire que vos questions doivent être plus que pertinentes puisque je dois vous avouer m'être sentie un peu déstabilisée en les lisant.

Je ne crois pas que l'on puisse mesurer l'amour, dire «une telle l'aimait davantage, telle autre moins, telle autre pas du tout», à tel point que je ne pourrais même pas vous dire que madame Fichini n'aime pas Sophie. Oui, mille fois oui, madame de Réan aime Sophie, sans quoi elle ne souffrirait pas tant que sa fille ne soit pas comme elle la rêve. Madame de Réan aime Sophie, madame de Fleurville sait comment l'aimer. L'une est mère par devoir, l'autre par passion. C'est là, je crois, toute la différence. En ce qui me concerne, j'ai choisi dans mes livres de ne pas faire parler de sa mère à Sophie. Quant au regret des morts, j'ai permis à Paul d'Aubert de montrer le peu de cas qu'il en faisait dans «Les vacances»; c'était sans doute moins délicat que de faire parler Sophie, parce qu'on voit somme toute assez peu les d'Aubert dans «Les malheurs».

Je n'ai que rarement prénommé mes personnages adultes et ne m'étais donc pas posé la question du prénom de madame de Réan, que personne n'aurait été amené à utiliser. Pour tout vous avouer, je pense que je l'aurais appelée Catherine.

Quant à votre question sur la noblesse dont sont issues Camille, Madeleine, Marguerite et Sophie, permettez-moi de vous dire qu'elle n'a pas de sens. Pour être tout à fait franche, on s'intéresse davantage -et cela ne date pas d'aujourd'hui- au montant de la dot qu'à l'ancienneté de la noblesse, et elles sont comme beaucoup d'enfants de leur âge nées de l'une et l'autre. Les dissentions politiques sont à l'avenant...

N'hésitez pas à m'écrire encore.

Bien à vous,

Sophie Rostopchine, comtesse de Ségur