| | |
Bien chère comtesse,
Je vous écris pour vous poser quelques
questions et prendre de vos nouvelles. Comment allez-vous? Avez-vous
avancé dans la composition de vos livres? J'attends avec impatience de
pouvoir lire le prochain!
Je viens de lire «François le Bossu»
qui, je pense, est le livre le plus beau et le plus émouvant que vous
ayez écrit. Je me suis demandée en le lisant comment vous était venue
l'inspiration et qui était réellement pour vous ce François si gentil
et si doux.
Dans l'attente d'une réponse de votre part, bien amicalement,
Marie-Stella
P. -S.: Je suis allée voir hier votre neveu qui va très bien.
Chère Marie-Stella,
Les nouvelles sont à la fois bonnes et mauvaises: bonnes parce
que je me porte beaucoup mieux qu'il y a quelques mois, mauvaises parce
que je suis trop affaiblie pour continuer à écrire comme
je le faisais auparavant. Ma correspondance seule se
révèle des plus chronophages.
Comme tu le sais sans doute, j'ai un certain goût pour les
enfants en mal de parents fréquentables. François, parce
qu'il est intelligent et sensible, n'était pas bien difficile
à imaginer. La véritable difficulté consistait
à séparer Christine de ses parents tout en ne les faisant
pas mourir et surtout, surtout, à pouvoir laisser les
tourtereaux vivre leur amour tranquilles. Si tu savais ce que j'ai pu
entendre sur ce livre, sur la passion qui s'en dégage et sur son
caractère affreusement pernicieux pour la jeunesse!
C'était à n'y pas croire.
Lequel de mes neveux connais-tu? Est-ce Woldemar, ou l'un des Ségur d'Aguesseau?
Bien à toi,
Sophie Rostopchine, comtesse de Ségur |