| Pierre B., Clément R., Romain D. et Florian T. | ||
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| Lettre d'admiration | ||
| Chère Comtesse de Ségur, Vous êtes aujourd'hui un écrivain renommé et nous sommes vos plus grands et fidèles admirateurs. Aujourd'hui, nous découvrons votre dernière œuvre («Après la pluie et le beau temps») et parcourons vos romans les uns après les autres. Toutes ces histoires reflètent une partie de votre vie... Comtesse, vous êtes un modèle de femme, de maman et de grand-mère que beaucoup d'enfants auraient aimé avoir. Pouvons-nous espérer lire bientôt une nouvelle œuvre? Vos petites-filles ont eu la joie de s'endormir en écoutant vos histoires, où le bien l'emporte toujours sur le mal. Combien de temps mettez-vous à les écrire? À travers vos histoires et vos personnages, le juste et l'injuste s'opposent. Que de belles leçons de moralité, de courage et d'éducation... C'est un réel délice de lire vos romans et à travers eux également de sentir le bon «parfum» de notre région. Pour tout cela, Madame la Comtesse, nous vous disons merci et attendons avec impatience de vos nouvelles. Pierre B., Clément R., Romain D. et Florian T. du Lycée Saint-Joseph Chers jeunes gens, Laissez-moi tout d'abord vous dire que je suis absolument ravie de votre lettre, elle est très bien tournée, très agréable à lire et vous faites d'excellents flatteurs. Ajoutez-y la droiture et vous aurez un succès fou auprès des demoiselles. Je vous arrête cependant bien vite lorsque je lis que toutes mes histoires reflètent une partie de ma vie. Ce n'est pas le cas. Vous l'avez dit vous-mêmes: je suis un écrivain. C'est insupportable à beaucoup de monde de voir une femme écrire, et plus encore de voir une femme vivre de sa plume, ce qui est mon cas, même si je me garde bien de m'en vanter. Je suis contente que vous ayez aimé «Après la pluie». J'avais commencé un autre ouvrage sur un petit savoyard -vous savez que les savoyards quittent leur pays une partie de l'année pour devenir ramoneurs dans les villes, le plus souvent à six ou sept ans à peine- mais je n'ai pas réussi à le terminer. Il était mauvais et je l'ai senti. Le fait est que mon état de santé ne me permet plus de tenir le rythme nécessaire à la vie littéraire. Dans mes meilleures années, j'écrivais dix heures par jour et je publiais deux à trois romans par an. Pour ce que vous me dites du bien et du mal, je ne crois pas qu'il y ait de bons et de méchants (mis à part les ennemis du Pape qui sont de véritables suppôts, on ne me fera jamais changer d'avis là-dessus). Je crois qu'il y a des désirs, des tentations auxquels chacun choisit ou non de céder et que -dans une certaine mesure- on est libre de choisir sinon sa vie, du moins la manière dont on la mène. Qu'un personnage comme Gaspard veuille obtenir le prix d'excellence, devenir savant et diriger une usine pour ne pas être paysan ne me dérange pas le moins du monde. Qu'il pense que cela va le rendre heureux d'exploiter des ouvriers et de se faire servir comme un prince me tourmente bien davantage. J'espère que ma réponse, quoiqu'un peu tardive, saura vous satisfaire. N'hésitez pas à m'écrire à nouveau. Sophie Rostopchine, comtesse de Ségur |
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