L'école
       
       
         
         

jeblichantal@wanadoo.fr

      Bonjour Madame, 

Je m'appelle Inès, je suis au lycée et nous avons étudié L'école, avec Lucas et Gaspard. L'histoire en elle-même est bien mais j'aurai voulu savoir: de quel avis êtes-vous, pour ou contre l'école?

 

       

 

       

Comtesse de Ségur

      Paris, ce 22 septembre 1872

Chère enfant,

Tu me poses des questions sur la fortune de Gaspard et mon opinion sur l’école. Je dois te dire premièrement que le thème m’a été soumis par mon ami et éditeur Emile Templier. Le livre devait parler nécessairement de l’utilité de l’instruction pour le peuple. Aussi j’ai du pour illustrer ce principe faire un ouvrage assez complexe parlant d’usine, de fourneaux, ce qui fait que ce livre ne plaît généralement pas aux enfants mais satisfait davantage les jeunes gens. 

Eh bien ma foi, la question est complexe. Que dire de l’école? Je crois qu’il est deux buts à l’instruction: l’argent ou le savoir. Le premier fait de jeunes hommes au premier abord très convenables et qui feraient de bons serviteurs des parvenus, qui sont en général de mauvais riches. Ils n’arrivent jamais à la fortune par des moyens honnêtes: quand on part de si bas cela n’est pas possible. Une fois l’argent connu, ils se garderont, s’ils ne découvrent comme Gaspard des âmes bonnes et charitables pour les influencer, de donner aux pauvres, à ceux qui, eux, ont toujours besoin de l'aide de ceux qui sont plus favorisés. Le second est une bonne chose: pourquoi Gaspard –que j’avais d’abord nommé Ruffin- ne pourrait-il pas, s’il le souhaite, faire des études, devenir précepteur, instituteur de campagne? Pourquoi le forcerait-on à labourer une terre pour laquelle il n’a aucune attirance? 
A contrario, pourquoi Lucas Thomas, qui n’aime pas l’école, qui veut reprendre la ferme de son père et à qui elle n’apportera rien, devrait-il passer près du magister des heures où il rendrait plaisir à surveiller ses vaches? Qu’on apprenne à cet enfant ce qui lui servira, qu’en aucun cas on ne le force, et que pour tous on fasse comme cela, c’est mon souhait le plus cher.

Si je suis tout à fait pour que de jeunes garçons comme Lucas puissent passer leur journée aux champs et gagner leur pain ainsi, je préfère néanmoins qu’ils restent à l’école s’il s’agit de les envoyer à l’usine. Des enfants qui travaillent aux machines à six ans seront dans le sein de Dieu avant leur vingtième année.

Enfin, je peux te dire que j’ai suivi il y a quelque temps le débat de très près: plusieurs de mes fils et gendres sont politiciens. Le problème étant qu’ils ne sont pas tous du même bord… les soirées sont très animées.

Je ne sais comment est l’école dans la France «actuelle», si elle est de même que de mon temps ou si elle a changé. Malheureusement, les hommes, eux, ne sont jamais très différents… 

Comtesse de Ségur
Née Rostopchine