Claire
écrit à

   


La Comtesse de Ségur

     
   

La célèbre trilogie de Fleurville

   

Très chère comtesse,

Je me nomme Claire et suis très heureuse de pouvoir vous adresser cette lettre. J'ai lu plusieurs fois votre célèbre trilogie et vu la série animée retraçant la vie de la jeune Sophie de Réan.

Je désire vous poser une question: avez vous vraiment connu une petite fille qui ait perdu sa maman dans un naufrage? J'ai éprouvé tant de pitié pour Sophie lorsque j'ai lu la disparition de la pauvre Madame de Réan!

Je vous remercie de votre réponse et espère entretenir une correspondance avec vous car j'aime écrire.


Respectueusement,

Claire


Chère Claire,

Au risque de te décevoir, l'histoire de Sophie est un roman et je ne connais pas de petite fille dont la mère ait péri dans un naufrage. J'ai cependant perdu un oncle, le frère de mon père, officier de marine de vingt ans, qui a fait couler son navire plutôt que de le livrer à la Suède. C'était bien avant ma naissance, en 1789.

Écris-moi aussi souvent que tu le désireras.

Sophie Rostopchine, comtesse de Ségur



Très chère comtesse,


Je vous remercie pour votre réponse, cela m'a fait très plaisir.

Je vous avais posé cette question car l'histoire de Sophie de Réan m'a tellement touchée! Qu'est-ce qui vous a inspiré pour écrire l'histoire de cette petite fille au courage exemplaire? Il est vrai que Sophie est un personnage hors du commun; elle a trouvé une grande force pour affronter la perte de ses pauvres parents.

Je désirais également vous demander pourquoi Paul d'Aubert a préféré rester avec Monsieur de Rosbourg plutôt que d'aller rejoindre ses parents. Ne l'aimaient-ils pas?  Monsieur et Madame d'Aubert n'apparaissent pas trop dans le roman et Sophie ne parle quasiment pas d'eux dans «Les Vacances».

Je suis ravie de correspondre avec vous, chère comtesse. J’ai lu toute votre œuvre, aussi magnifique soit-elle.


Respectueusement,                

Claire



Chère Claire,

Sophie est de ces personnes courageuses qui s'ignorent et qui, lorsqu'un malheur les submerge, font preuve d'une force qu'elles ne se connaissaient pas. Je me suis beaucoup inspirée de ma propre enfance -mais non de ma propre vie -pour créer le personnage de Sophie. Je t'avoue cependant, et j'en suis bien fâchée, que je n'ai pas le courage que je lui prête, ou plutôt que j'ai dû en faire usage si longtemps qu'il m'a soudain manqué, comme si tout en moi avait été épuisé. Puis je suis revenue doucement à la vie, et j'ai commencé à écrire.

Pour ce qui est de Paul, je t'engage à relire «Les Vacances», où il explique très bien à Marguerite pourquoi il aurait préféré mourir avec le capitaine plutôt que de vivre avec des parents qu'il n'aimait pas et qui ne l'aimaient pas davantage.

Je t'engage enfin à lire les lettres auxquelles j'ai déjà répondu; tu y trouveras une foule de choses qui t'intéresseront.


A bientôt,

Sophie Rostopchine, comtesse de Ségur