| Georges Sakr | ||
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| J'aimerais écrire comme vous le fîtes | ||
| Madame de Réan, Je suis un jeune homme fort curieux et avide de m'instruire. Comme mon nom vous l'indique, je ne suis point de France, mais du Liban. Je suis passionné par la lecture et par l'écriture, mais l'on se moque de moi à l'école, car je me sers d'un français fort ancien. Pourriez-vous, je vous prie, me faire part de vos débuts? Georges Jeune homme si avide de connaître le monde, Je ne suis pas madame de Réan; c'est là un point que vous aurez mal lu. Je vous avoue que je comprends vos camarades, car votre style est très différent de celui de la plupart des lettres que je reçois, mais ce n'est pas une raison pour rire de vous. Je ne saurais dire s'il a quelque chose d'ancien mais permettez-moi de vous avouer que je le trouve un peu pompeux. Est-ce là votre naturel, ou bien cachez-vous sous cette armure de mots quelque trésor bien gardé? Mes débuts n'ont rien d'extraordinaire: toute ma famille s'adonne à l'écriture. J'ai commis, il y a quelques années, des contes de fées à l'attention de mes petites-filles et mes amis m'ont conseillé de les faire publier, puis j'ai commencé à écrire des romans pour ne m'arrêter qu'il y a trois ans. Persévérez, jeune homme, persévérez! Mais donnez peut-être davantage de vous-même à ceux dont vous voudriez tant recevoir. S'ils ne donnent pas en retour, c'est qu'ils n'ont rien de bon à offrir. Je me permets de vous embrasser, car vous êtes bien jeune encore. Sophie Rostopchine, comtesse de Ségur |
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