| Benjamin Sisko (du XXIVe siècle) | ||
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| Féminisme ou pas féminisme? | ||
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Cher Benjamin, Je ne suis pas bien certaine de ce que vous nommez «féminisme». Si c'est une foi profonde dans la supériorité des femmes sur les hommes, alors oui, je suis profondément et fondamentalement persuadée que votre sexe, dans l'état où il se trouve, n'arrive pas à la cheville du mien. Qu'on ne s'y trompe pas: je ne porte pas nécessairement les femmes en haute estime, mais ces mille petites contrariétés qu'elles endurent jour après jour, des vies durant, pour que ne soit pas dérangé le sacro-saint désir du père et du mari sont proprement insupportables, surtout quand lesdits pères et maris trompent, méprisent et maltraitent leurs mères, leurs femmes, leurs sœurs. Il y a peu de pères dans mes livres, ils seraient de trop. Il y a peu de maris, pour les mêmes raisons. Mais il y a d'excellents garçons, qui feront d'excellents pères et d'excellents maris. Eux seront là, eux sauront vivre dans le respect des faibles. L'avenir seul nous donnera ces hommes que je ne pourrais décrire sans mentir. J'avoue que depuis que ma chère et malheureuse Camille a fait cet affreux mariage avec un escroc qui, non content de la spolier de ses biens, veut lui faire retirer son fils, je suis peut-être un peu plus sévère que je ne l'ai été. Mais même sans cela, je crois bien qu'à soixante-dix ans bien tassés et une fois le veuvage venu, on regrette de s'être contenue et de ne pas s'être laissée aller davantage. Enfin! Vous nous servez à faire notre paradis et, lorsque nous y serons, nous jetterons un œil clément vers le purgatoire en attendant que les meilleurs d'entre vous ne nous rejoignent! Que voulez-vous, on se lasse! La gent masculine, que j'ai beaucoup aimée, ne m'étonne plus. Et j'ai besoin d'étonnement. Bien à vous, Sophie Rostopchine, comtesse de Ségur. Re-bonjour, Vous dites que les femmes sont mille fois mieux que les hommes (je l'ai lu dans une de vos réponses), mais j'ai la nette impression que votre vie personnelle influe un peu trop sur votre jugement. Parce que la douceur, c'est très bien, mais, comme vous êtes une chrétienne convaincue, je vais vous citer les paroles de Jésus: «soyez innocents comme des colombes et rusés comme des serpents». C'est justement cela qui me dérange un peu dans vos romans, c'est que vous y prêchez la douceur de la colombe; or la ruse du serpent est quelquefois nécessaire et vous semblez l'avoir oublié, car l'homme est un être au cerveau reptilien, il ne faudrait pas le nier. Mais vos romans sont très intéressants car ils reflètent une philosophie des choses typiquement féminine, à savoir: toucher le cœur de la personne en lui cédant (agissement impensable dans le siècle ou je vis), la tendance au mélodrame, au sentimentalisme (les personnages perdent connaissance au moindre choc). Cher Benjamin, Je suis tout à fait d'accord avec ce que vous me dites de la douceur de la colombe et de la ruse du serpent, et je vous engage très sérieusement à relire «Un bon petit diable», où vous verrez un jeune garçon qui ne doit sa survie qu'à une imagination débordante. Contrairement à vous, je pense toutefois que les hommes sont des êtres au cerveau... humain. À ce titre, je les crois capables de douceur autant que de fermeté. Vous le dites vous-même, c'est une qualité féminine... beau prétexte qui dédouane celui qui se croit autorisé à faire le mal, comme si l'on ne pouvait être un homme sans y perdre son cœur et son âme! Quand aux «personnages perdant connaissance au moindre choc», j'ai une tendance certaine à provoquer la prise de conscience de mes héros par une fièvre délirante mais, si ce n'est pas à cela que vous faites allusion, je ne vois vraiment pas à quoi vous pouvez bien faire référence. J'aimerais que l'on trouve mes romans intéressants indépendamment de mon âge ou de mon sexe. Vous dites que le fait que je sois une femme conditionne ce que je pense des hommes. Peut-être. Je crois que c'est surtout une jolie manière d'éviter de se poser la bonne question: si je pense du mal des hommes, n'est ce pas plutôt à cause de la façon dont ils traitent les femmes? Je vous laisse seul juge. Sophie Rostopchine, comtesse de Ségur |
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